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La renaissance de Saint-PÉtersbourg
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Portrait de Catherine la Grande à l’Ermitage
Le Grand Hôtel Europe occupe tout un pâté de maisons de la rue Mikhaïlovskaïa, entre la perspective Nevski et la place des Arts. Tchaïkovski y a passé sa lune de miel, George Bernard Shaw y a soupé avec Maxime Gorki, Dostoïevski et Johann Strauss en étaient des clients réguliers. Parmi ses nombreux services, cet établissement de luxe propose des véhicules haut de gamme de courtoisie pour des virées mémorables en ville, ce qui s’est révélé utile pour notre quatrième soirée au Mariinski, car nous étions en retard (nous avions passé un autre après-midi au musée). Au grand dam du concierge, seules des BMW 500, plus petites que les 740, étaient encore disponibles. En regardant défiler la ville soudainement moins reluisante par les fenêtres de notre bolide doté de la climatisation (apanage de l’oligarchie), je songeais que notre voiture était une descendante directe du carrosse doré de Catherine II qui est exposé à l’Ermitage. Nous jouissions d’un privilège atavique.
Ex-palais d’Hiver, ce musée représente le summum de l’ambition culturelle pétersbourgeoise. Sa collection n’a cessé de croître depuis les toutes premières acquisitions de la Grande Catherine, en 1764. Je repensais à la salle des Van Dyck, numérotée 246 dans le guide bien pratique du musée, et à ses portes-fenêtres ouvertes qui laissaient entrer une brise humide (au diable les techniques de conservation). Sur la place du Palais, où circulaient jadis les carrosses de la noblesse, on s’occupait d’installer des sièges et des cordons de sécurité en préparation d’un concert, en soirée, d’Elton John, lequel, il faut bien l’avouer, dans ses costumes extravagants, a la trempe d’une tsarine russe. Dans le musée, un superviseur donnait des instructions à trois femmes de ménage armées de vadrouilles qui nettoyaient le toit couvert de bitume au-devant des fenêtres ouvertes et qui plaçaient des chaises pour les invités de marque attendus. Sur cette même place, Catherine II a déjà fait ériger deux énormes montagnes de nourriture aux sommets desquelles le vin coulait à flots, pendant que sa cour, installée à ces mêmes fenêtres, guettait son signal qui allait permettre aux pauvres attendant dehors de passer à table. Derrière moi, des cortèges de Russes déambulaient dans les innombrables salles, en pâmoison devant tout ce que l’histoire leur a légué. Et moi, je n’arrivais pas à décider si la beauté complexe de cette ville était la preuve que l’on finit toujours par pardonner aux pires autocrates leurs excès ou s’il fallait plutôt tirer comme leçon qu’à plus ou moins long terme les grandes œuvres finissent toujours par revenir à ceux qui les ont créées.
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