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La renaissance de Saint-PÉtersbourg


Des matriochkas en vente sur la place du Palais.

En Russie, on aime faire étalage d’un matérialisme triomphant. À Saint-Pétersbourg, j’ai observé un soir de jeunes couples de nouveaux riches s’amuser à filer en motomarine le long des étroits canaux qui traversent la ville et tenter sous les ponts d’assourdissants demi-tours. Le même soir, de l’autre côté de la perspective Nevski, une escouade de VUS noirs (Ford vend des centaines de milliers de véhicules par année en Russie), et les voyous à leur bord, bloquait le haut de la rue Kazanskaïa, entre l’austère cathédrale orthodoxe russe et un petit parc où vont boire hommes et femmes de tout âge qui n’ont pas les moyens de fréquenter les bars. Des haut-parleurs crachaient de la musique depuis le resto situé sur le toit d’un centre commercial flambant neuf, dont la devanture vitrée affichait fièrement ses couleurs (Gucci, Ferragamo, Dolce & Gabbana, Yves Saint Laurent). Ici, la vie profite à une élite riche et puissante. La nouvelle classe moyenne, elle, suit comme elle peut, tant bien que mal.

Les Russes aiment le faste, mais à Saint-Pétersbourg l’art a de tout temps été la fin qui justifie la consommation. Ici, la culture a toujours (mais pour combien de temps encore ?) joué un rôle central. La librairie dans le superbe immeuble Singer de la perspective Nevski est constamment bondée ; des citadins de tous les milieux fréquentent assidûment les théâtres, les musées et galeries, le ballet, l’opéra et les salles de concert. (Le fait qu’ils aient droit à un tarif préférentiel n’y est pas étranger. En clair, vous, pauvre touriste, paierez vos billets plus cher qu’un Russe.)

Un soir, à la Grande Salle de la Philharmonie où l’on interprétait du Brahms, ma femme a reconnu, assise devant nous, la postière qui chaque matin nous vendait des timbres et les apposait avec le plus grand soin sur nos cartes postales. Après notre troisième soirée au théâtre Mariinski (l’ancien Kirov), nous avons soupé au Sadko, un restaurant très huppé aux murs d’ardoise grise et aux lustres massifs en verre rouge de style Murano, avec au fond une garderie où une demoiselle s’occupe des bambins. Notre pétillante jeune serveuse, une ex-ballerine aux cheveux bruns très courts et aux beaux grands yeux, avait une façon tout à fait charmante d’écorcher notre langue.

« Je prendrai le jarret de veau », ai-je commandé.

Elle a pris un air inquiet. « Vous savez, c’est un plat à base d’as de vache.

– Vous vouliez sûrement dire “à base d’os” », ai-je corrigé en humant le plat qu’on m’a servi. En guise d’excuse, nous avons eu droit à un gracieux plié. Contrairement à New York ou à Los Angeles, où tout serveur rêve d’être acteur, à Saint-Pétersbourg vous avez de bonnes chances d’être servi par un ancien danseur, chanteur d’opéra ou pianiste classique.

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