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La renaissance de Saint-PÉtersbourg


Le monument aux Défenseurs héroïques de Leningrad commémore un évé­nement déterminant pour la ville.

Après quelques jours seulement à Saint-Pétersbourg, ma femme et moi buvons de bon gré la « petite eau » locale. Nous faisons de notre mieux avec l’alphabet cyrillique (quoique le mot « vodka » s’apprenne assez vite) et des situations aussi rocambolesques que les rues de cette ville surprenante sont charmeuses et grisantes. Quelle est cette loi tacite qui transforme en figures kitsch certains tyrans et pas d’autres ? Pourquoi Lénine connaît-il ici ce sort et non Staline ou Pierre le Grand ? Saint-Pétersbourg, le rêve pharaonique de Pierre, reposerait essentiellement sur les cadavres de centaines de milliers de serfs morts durant son édification. Cette ville est une folie imposée par un despote plus haineux encore que Lénine (au moins, celui-ci disait se soucier des masses glorieuses). Pourtant, Pierre n’est ni blâmé ni ridi­culisé. Il est Grand.

Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703, quand le tsar a décidé d’assécher des marais bordant le golfe de Finlande pour y établir sa nouvelle capitale. On se sent tour à tour fasciné et dérouté dans cette ville brute mais raffinée, imprégnée de culture et pourtant mal dégrossie. Affirmant à la face du monde que la Russie était à son apogée et n’avait rien à envier à la magnificence de l’Europe, Pierre désirait ériger une Versailles russe, une Venise du Nord plus spectaculaire encore que l’originale.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, né en 1952 dans ce qui était alors Leningrad, la ville connaît une renaissance : le message de Pierre est de nouveau entendu. Boutiques et centres commerciaux poussent le long des avenues et canaux nés des marécages, et les oligarques de la perestroïka restaurent les palais (ceux de la rue des Millionnaires, derrière l’Ermitage, par exemple). Le gigantisme architectural est une tradition vieille de 300 ans, et l’ostentation, depuis toujours, un trait essentiel de l’identité nationale. La perspective Nevski, vaste artère que Pierre voulait voir devenir l’emblème de la cité, parsemée de Lada et de ternes boutiques à l’époque soviétique, est maintenant noire de monde et de voitures.

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