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La fÊte À Feist

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Video: Feist - 1, 2, 3, 4

Il serait exagéré de dire que Leslie Feist a déjà été notre petit secret. Après le succès de Let It Die, en 2004, la délicate chanteuse de 31 ans s’est imposée comme vedette populaire avec son album suivant, The Reminder. Pendant neuf mois consécutifs, elle a tourné en Europe et en Amérique du Nord. Elle a même chanté pour Conan et Letterman. Pour celle qui a réussi à établir un pont entre le florissant milieu musical de Toronto et la tradition chansonnière de Paris, ce n’était qu’un début.

Au début de l’automne, chance incroyable, les lanceurs de tendances d’Apple ont choisi 1234, son single innocemment accrocheur, pour la pub d’un nouvel iPod.

Tout a décollé. Épidémie de téléchargements. Ascension des palmarès. Mention, aux côtés de Joni Mitchell et de la famille Guthrie, dans un article de Vanity Fair sur les légendes du folk. Après moult concerts et séances photo, Feist, brûlée, s’est enrhumée et a dû annuler le volet brésilien de sa tournée et décliner les invitations des émissions Today et The View pour prendre un repos mérité. À ce moment-là, même votre grand-mère connaissait par cœur les paroles pétillantes de 1234.

Au moment de nous rencontrer, la veille de son passage à Saturday Night Live, au début de novembre, Feist n’est pas encore tout à fait rétablie. En répétition, elle s’étonne de voir à quel point tout est « civilisé, par rapport à l’émission de Letterman, où il faut se présenter à l’aube ». Elle se méfie de l’attention reçue : « Je suis reconnaissante de ce qui m’arrive, mais ce n’est vraiment pas sain de se voir étalée dans les pages d’un magazine ou à la télé. » Ce qui l’embête le plus, c’est l’idée que sa popularité devienne ingérable. Mais elle n’est pas prête à baisser les bras. Elle a exigé que sa maison de disques désactive le site promotionnel de The Reminder après avoir jugé qu’il était trop « mécanique » : « Je veux que tout ce qui me représente ait un cachet d’authenticité. »

C’est ce qui séduit le plus chez Feist, et c’est sans doute un facteur dans son succès fulgurant : cette nette impression que son image est authentique, que sa musique vient du cœur. Quand Feist chante à propos d’une trahison inattendue ou d’amants séparés, sa voix particulièrement rauque déborde tellement d’émotion qu’elle semble prête à se briser. Comme Nina Simone (dont elle reprend See-Line Woman sur The Reminder), elle sait tout des sommets et des déchirements de l’amour.

Le soir où Feist se produit à SNL, Barack Obama et Bono font une apparition, mais elle vole la vedette. Elle interprète 1234, bien sûr. À son retour sur scène, elle chante I Feel It All. Pendant trois minutes brillantes, stupéfiantes, nul ne peut douter qu’elle vit sa chanson.

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