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Jeu de société

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Résultat : la psychogéographie est aujourd’hui ancrée plus profondément dans la psyché qu’elle ne l’était dans les années 1960.

« Entre les situationnistes d’hier et ce que nous faisons aujourd’hui grâce aux nouvelles technologies, on doit montrer et maintenir un lien », explique Christina Ray, cofondatrice de Glowlab. Il faut en fait remonter bien avant les années 1950, au-delà de Burton, de Livingston ou même d’Homère. « Il y a quelque chose de magnifique en soi dans l’existence d’un gratte-ciel qui ne demande qu’à être exploré », m’a raconté un participant du Conflux spécialisé dans l’« infiltration » d’édifices. « Le passage qui permet de contourner l’Afrique a déjà été découvert. On cherche quelque chose de plus subtil, de plus esthétique, de plus artistique. À moins d’être poète, il n’est pas facile de décrire ce qu’on découvre la première fois qu’on se tient sur le toit de Grand Central Station ou au sommet de Manhattan Bridge. On accède à une connaissance nouvelle des choses. »

Quand on est un pion blanc coincé sur la case F7 au centre-ville de Providence, l’inconnu qui s’approche dans la rue est possiblement une tour ou un cavalier qui vient nous occire. Dans un moment de vertige, le caractère prédateur des échecs et de l’expérience urbaine, la vie qui grouille dans les coins obscurs se révèlent clairement.

Le seul fait d’être là, dans cette ruelle, suffit à créer une expérience intellectuelle. Le type de connaissance qui en résulte est à ce point non quantifiable que la méthode prend le pas sur ce qu’elle permet de découvrir. Si nous ne réussissons pas à entrer en contact avec la ville où nous vivons autant que nous nous sentons destinés à le faire, c’est simplement parce que nous ne faisons pas l’effort nécessaire. Ou peut-être parce que les villes sont trop grandes, trop complexes, et que l’idée même de contact semble trop difficile.

Finalement, le téléphone sonne. On m’annonce que les noirs ont gagné.

Je retourne à la galerie. Autour de moi, un seul commentaire. Toutes les pièces d’échecs qui vivent à Providence depuis des années sont ravies de cette matinée ordinaire passée sous un bête escalier de secours. Elles ont découvert un coin de leur ville, un lieu jusque-là banal qui recèle désormais un secret. Qui a un sens. Voilà la raison d’être de la psychogéographie et de ses techniques exploratoires. Il ne s’agit pas de se rendre du point A au point B, mais de réactiver la synapse qui relie la ville et les citadins. Car, si le moindre recoin délabré d’une ville apparemment en décrépitude vaut la peine d’être découvert, le monde qui nous entoure peut encore être sauvé lui aussi. 

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