Jeu de société
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Résultat : une nouvelle forme de loisirs est née, le « tourisme expérimental ». Et les multinationales (contre lesquelles les groupes réunis à Providence pour le Conflux de 2005 ont tendance à râler) ont vite récupéré l’idée. Les publicités de Nike, par exemple, mettent en vedette certains participants particulièrement athlétiques du mouvement, qui, tels des héros de bédé, sautent d’un building à un autre, selon une méthode appelée parkour (qui donnera également lieu à un nouveau jeu vidéo pour PlayStation, Free Running). C’est pour cela que, dans la pub de Nike, la vedette des Flames de Calgary Jarome Iginla évite des rondelles de hockey dans les rues et ruelles d’une ville devenue son immense terrain de jeu personnel. Le message : ne tenons pas la ville pour acquise, essayons de la voir autrement.
En matière de comportement urbain obsessionnel, le situationnisme fait figure de mouvement phare. Pendant l’âge d’or du mouvement, de la fin des années 1950 à la fin des années 1960, les situationnistes aimaient dériver dans Paris en utilisant le plan de Londres, par exemple. Leurs cartes urbaines indiquaient la couleur émotionnelle des quartiers (quartiers joyeux, tragique, sinistre). À défaut d’autres termes, la psychogéographie désigne l’ensemble disparate des tactiques qui visent à révéler l’âme des villes partout dans le monde et tout au long de l’histoire.
Les situationnistes adoraient la psychogéographie. C’était au départ une critique de l’urbanisme conçue par Paul-Henri Chombart de Lauwe, qui établit un graphique des déplacements d’un écolier pendant un an. Le parcours formait un triangle routinier : maison, leçons de piano, école. L’idée de reprogrammer ce type de routine a culminé et coïncidé avec les événements de mai 1968 : « Sous les pavés, la plage ! » scandait-on. Bref, allons voir derrière les apparences, au propre comme au figuré. Puis, en 1972, le mouvement situationniste s’est dissous, et la psychogéographie est disparue. Tant pis pour les apparences.
« Comme par enchantement, l’idée a refait surface », explique Mandl. Et les vagabondages presque secrets, souvent à la limite de la légalité, des pionniers sont devenus, grâce aux blogues et aux anneaux de sites interconnectés, des activités de plus en plus populaires. Pourquoi maintenant ? Voici quelques hypothèses.
1. Les technologies de la communication connaissent une progression plus rapide que l’utilisation qu’on en fait ;
2. Nous tentons sans cesse de concilier notre univers virtuel en expansion avec la réalité matérielle des villes, où nous vivons plus nombreux que jamais ;
3. Grâce à des émissions télé comme Jackass, la performance, en tant qu’art, pénètre de plus en plus la culture de masse ;
4. Une émission comme The Amazing Race a transformé les courses au trésor en véritables téléromans ;
5. Les catastrophes naturelles nous amènent à réaliser l’urgence de vivre notre rapport à la ville (pendant qu’elle existe encore).