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Les oasis prÉfÉrÉes d’enRoute

South Andros, Bahamas

Nous voici, calés dans de gros oreillers, encore au lit à 6 h, mais accueillant l’aube avec un bonheur rare. Nous suivons des yeux le soleil qui franchit lentement la ligne d’horizon en dardant ses chauds rayons sur la mer des Caraïbes, à 10 m à peu près de nos portes-fenêtres ouvertes. La vie est belle. Assez belle pour se lever à une heure aussi terrible et aller flâner sur la plage, déserte, comme toutes celles qu’on trouve ici.

South Andros, portion sud de la plus grande île des Bahamas, est peu habitée. Séparée de la touristique New Providence et de ses voisines par un chenal de 1800 m de profondeur, elle s’en distingue aussi par son attitude. Les îles Extérieures, comme on les appelle, sont loin de tout. Même à l’aune des Caraïbes, Andros est paresseuse. La pêche à la banane de mer a beau y être géniale, on ne peut y aller en auto depuis Nassau, et ça fait toute la différence.

Notre hôtel, dans le village de Driggs Hill, a même été cons­truit pour repousser les touristes au lieu de les attirer. Pendant cinq ans, Emerald Palms a été le terrain de jeu de sir Lynden Pindling, le premier ministre qui a mené les Bahamas à l’indépendance. Le domaine a ensuite appartenu à divers investisseurs, dont aucun n’a vraiment su quoi faire jusqu’à l’arrivée du promoteur de l’Indiana Michael Hartman, l’an dernier.

De fait, nous sommes chaque jour témoins de nouvelles améliorations. Un matin, c’est un parc de vélos qui pousse ; le lendemain, c’est un débarquement de cafetières. Mais l’irréparable saute aux yeux : la plage a perdu beaucoup de son sable blanc, transporté ailleurs par l’ouragan Michelle il y a six ans. On peut l’arpenter tout son saoul, mais quand on veut se baigner le littoral rocheux complique l’accès à la mer.

Nous nous dirigeons donc vers Kemps Bay, où, après avoir dévalisé quelques papayers poussant le long de la plage, nous déambulons sur des kilomètres de sable blanc. Les seuls êtres vivants que nous croisons sont quelques vautours et un chien errant. (J’aurais préféré un barman ou deux.)

Le lendemain, nous empruntons une navette maritime pour nous rendre au Tiamo, cousin branché d’Emerald Palms : panneaux solaires et concierges affectés à la nature lui permettent d’offrir tout le luxe imaginable tout en affichant le bilan carbone d’une souris. On y sert également un délicieux punch.

Après quelques verres sur la plage soigneusement entretenue, nous mettons le cap vers un trou bleu, sorte de grotte sous-marine où les écarts de température de l’eau attirent une vie aquatique aussi colorée que dans un récif de corail. Tout baigne jusqu’à ce que notre guide surgisse, alors que je vide l’eau de mon masque et de mon tuba, et qu’il s’écrie : « Hé ! Jacques ! Attention au requin derrière toi ! » J’ignore qui est Jacques et ne le saurai jamais : de toute évidence, il est cuit. Je bredouille nerveusement : « Il faut partir d’ici ! » Ma copine choisit de m’ignorer et de continuer à nager.

Plus tard, dans l’embarcation, le guide vient s’asseoir à mes côtés. « Alors, Jacques, me demande-t-il, as-tu aimé ta première plongée ? » À l’avenir, je m’en tiendrai au punch.


5 autres raisons de visiter les Bahamas

1 Comme South Andros, l’île d’Eleuthera se transforme. On y ouvrira un ensemble villas-hôtel à Cotton Bay à l’été 2008, et on annonce des villas à Powell Pointe ainsi qu’une nouvelle marina au cap Eleuthera.

2 Juste au sud d’Emerald Palms, à côté d’une par­celle agricole, un kios­que ano­nyme offre bananes, lait de coco et tomates vertes. Ça vaut le détour, puisque  les produits frais de la ferme ne sont pas monnaie courante par ici.

3 Les joies du Tiamo ne  sont pas réservées aux clients. Moyennant des frais, plage, excursions de plongée libre, resto et bar sont à vous pour la journée.

4 À l’Ezrena’s Eatery, la proprio vous préparera, à un jour d’avis et si la pêche le permet, du homard ou du vivaneau. Pour une bière, le bar à six tabourets est charmant.

5  À Kemps Bay, cherchez l’Andros Beach Club, modeste poste de location dirigé par Jesse Leopold, un instructeur de plon­gée améri­cain très bien ac­cli­maté. Il organise souvent des soirées, le samedi soir, à l’un des bars de la plage.

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