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Les oasis prÉfÉrÉes d’enRoute

Lance-aux-Épines, Grenade

En caractères gras, un bouton bleu sur le mur de pierre derrière ma chaise longue dit tout : CHILL (relaxez). Je flâne au bord de la piscine, sous un auvent qui claque et ondule au vent, à la Grenade, là où les alizés s’élèvent proportionnellement au mercure. Je l’avoue, j’ai des intentions cachées : apprendre à ne rien faire, à lézarder près de la piscine à débordement, face à la baie du mont Hartman, dans la mer des Caraïbes. À relaxer. Curieuse de savoir à quoi sert le bouton, j’appuie dessus. Du bord de l’auvent tombe une légère bruine.

Je loge au Mount Hartman Bay Estate, une demeure en adobe creusée dans un promontoire retiré et flanquée par la mer des Caraïbes. C’est le genre d’endroit que Tolkien aurait pu ima­giner pour sa Terre du Milieu. À notre arrivée, soulignée par un vin d’honneur, le maître d’hôtel (le personnel compte une dizaine de membres, dont un chef particulier) nous fait remarquer les rainettes qui trillent, bien cachées dans la fontaine de la salle de séjour. Par les lucarnes qui évoquent les trous des Hobbits, j’aperçois la réserve naturelle de l’autre côté de la baie. À l’avant-plan, un flambloyant se dresse telle une sentinelle de feu. Le seul héliport de Grenade se trouve sur le quai privé.

Le lendemain, mon amie Reanna et moi allons au port de Saint George’s, et nous échouons dans un bar à écouter résidants et plaisanciers chanter des reprises (il y a pire façon de passer un vendredi soir). Reanna décide de boire comme les Grenadiens. Entre deux gorgées de punch au rhum et aux célèbres épices locales, elle s’épanche : « Laisse-moi te décrire ça : c’est comme si on te cognait la tête avec un coton-tige géant. » D’après son sourire, je déduis que c’est agréable.

De retour au Mount Hartman Bay Estate, nous nous offrons un tour à bord du yacht de 15,5 m du domaine, serpentant dans le labyrinthe des baies, entre des îlots parsemés de tamariniers. Affalée sur les sièges de cuir blanc, je remarque un chapelet de petites plages, appréciées moins pour leur sable bien ratissé que pour leur intimité. Nous longeons une dis­crète bande de littoral surnommée la Plage des amants. « Il se consomme beaucoup de muscade ici », note un membre de l’équipage. (La Grenade regorge de cet aphrodisiaque.)

Notre séjour est ponctué de mets copieux, grâce à notre chef Roger Williams, l’un des meilleurs de l’île. Au déjeuner, nous nous régalons de noix de coco, grosses comme des bal­lons de soccer, et de grands verres de jus frais si velouté et si frui­té qu’il semble couler directement de l’arbre. Mais mon plat préféré est une crème glacée maison à la muscade, étonnante de subtilité. Fondant immédiatement dans la chaleur de l’après-midi, ce dessert, servi dans un verre à cocktail perlé de condensation, est un repas en soi. J’en redemande.

Nous passons la dernière soirée sur le toit de la salle de séjour du rez-de-chaussée, couvert d’herbe et de cactus. Dominant la baie, cette surface forme une terrasse naturelle devant nos chambres, enfoncées dans la colline surplombant le bâtiment principal. C’est la Terre du Milieu, aux sens architectural et littéral. Plus bas, dans la baie, quelques yachts mouillent pour la nuit. Et le ciel est constellé d’étoiles.


5 autres raisons de visiter la Grenade

1 Richard et Rosa Lee louent leur Mount Hartman Bay Estate. Cette maison de deux étages où œuvre un personnel complet, dont chauffeurs et marins, est assez vaste pour une réunion de famille. Autre projet des Lee, les condos Prickly Bay Waterside, qui rappellent Calatrava avec leurs co­lon­nes en forme de mâts, sor­tent également de l’ordinaire. La phase 1 sera bientôt complétée.

2 La distillerie River Antoine Rum produit un rhum titrant 75º? d’alcool, trop inflammable pour être exporté. Consommez à vos risques.

3 Le Beach Restaurant permet de manger local ; essayez le calalou, un potage fortifiant aux épinards.

4 Bien que l’île reste en grande partie préservée, quelques centres de villégiature huppés ou­vriront, dont LaSource, avec 100 cham­bres et un golf de neuf trous, et les villas et condos de Bacolet Bay (avec emplacements de bateaux) à Grand Harbour.

5 Klaxonnez avant les virages sur les routes sinueuses de la forêt de Grand Étang, où l’on décou­vre encore de nouvelles chutes. « Une couche de peinture de plus et votre auto ne passerait pas », raconte notre guide.

 

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