MISE AU POINT
En photographie comme dans d’autres domaines, nos appareils exigent des « mises à niveau du micrologiciel ».
Texte: DON TAPSCOTT
Illustration: GREG WHITE
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Comme plusieurs, je nourris une relation d’amour-haine avec les logiciels de mon ordinateur personnel. J’apprécie leur utilité, mais je déteste avoir le fardeau de leur entretien à coups d’ensembles de service, de débogages et de mises à jour. Internet aidant, les fabricants de logiciels semblent accorder de moins en moins d’importance à la qualité des produits qu’ils mettent sur le marché. Lorsqu’un problème survient, ils se contentent d’offrir une correction en ligne. C’est à l’utilisateur que revient la tâche, souvent longue, délicate et problématique, de l’appliquer.
Comme on trouve de plus en plus de microprocesseurs dans les appareils domestiques, je crains que les logiciels bâclés et leur suite de corrections ne viennent hanter ces produits à leur tour. Les appareils photo numériques haut de gamme constituent le meilleur (le pire ?) exemple de cela. Si le père Noël en dépose un sous votre sapin, ne vous attendez pas à ce qu’il fonctionne parfaitement du premier coup. Le logiciel qui en est le cerveau est trop complexe pour que les fabricants puissent promettre un fonctionnement sans faille. C’est vous, le propriétaire de l’appareil, qui devrez télécharger le logiciel complémentaire destiné à corriger les inévitables erreurs de fonctionnement. Cela s’appelle la mise à niveau du micrologiciel.
Règle générale, la mise à niveau élimine les pépins connus et bonifie parfois les performances de l’appareil, par exemple la vitesse de focalisation. Il arrive aussi qu’un logiciel destiné à corriger un problème reconnu supprime subrepticement quelques autres bogues. Disons-le, certaines mises à niveau sont tout bénéfice pour le consommateur. Des fabricants s’en sont servis pour ajouter des caractéristiques supplémentaires à des appareils photo déjà sur le marché. C’est comme si le concessionnaire automobile vous offrait gratuitement, six mois après l’achat de votre véhicule, un turbocompresseur qui réduirait la consommation d’essence.
À sa mise en marché, le CP5000 de Nikon n’offrait pas le format RAW, une caractéristique pourtant recherchée par de nombreux photographes chevronnés. Malgré cela, il s’est bien vendu. Près d’un an après sa sortie, l’entreprise a offert gratuitement un logiciel rendant l’appareil compatible avec le format RAW, lui ajoutant ainsi souplesse et valeur. Merci à Nikon.
Dans les pires cas, les entreprises lancent sciemment des produits qui ne sont pas au point et se fient à Internet pour réparer les dégâts ultérieurement. Dans le domaine de la photo, l’exemple le plus probant est celui d’un appareil destiné aux professionnels et aux amateurs éclairés, développé par une importante compagnie américaine. Quelques mois avant la mise en marché, des employés de cette entreprise ont investi les forums de discussion sur Internet pour attiser les futurs acheteurs. « C’est un appareil d’enfer ! » a lancé un cadre enthousiaste, ajoutant que c’était « le seul » dont tout vrai photographe aurait besoin. Vu la solide réputation de l’entreprise, les photographes d’un peu partout s’attendaient à voir arriver un appareil numérique à tout casser. Ils se sont désintéressés des compétiteurs.
Ladite entreprise s’est alors mise à avoir des problèmes. L’enfer promis est devenu littéral. Des rumeurs ont couru selon lesquelles les photos étaient affreuses. Les retards se sont accumulés. Mais les mordus du déclic du monde entier ont continué d’attendre. Ils avaient pris l’entreprise au mot.
Pour les satisfaire, celle-ci a mis l’appareil en vente sans qu’il soit au point. Celui-ci était doté de deux fentes de carte mémoire, mais une seule fonctionnait ; il ne permettait pas de prendre des photos dans des conditions d’éclairage réduit ; la couleur n’était pas tout à fait juste ; etc. Les acheteurs potentiels étaient consternés.
Pour paraphraser, la réponse de l’entreprise disait ceci : « Nous savons que l’appareil a des problèmes. Mais faites-nous confiance. Achetez ce nouvel appareil qui ne marche pas et nous éliminerons les pépins en temps utile avec des mises à niveau. » Et, en effet, l’entreprise a offert une série de mises à niveau du micrologiciel sur Internet, améliorant chaque fois l’appareil, sans toutefois réussir à l’amener à la hauteur des attentes de nombreux acheteurs. Sa réputation s’en est trouvée entachée.
Il y a quelque temps, un ami est allé chez son concessionnaire pour la cinquième fois en six mois au volant de sa nouvelle voiture européenne de luxe, pour un seul et même problème. Le gérant a opposé une fin de non-recevoir. Quand mon ami a demandé une explication, on lui a répondu ceci : « C’est la faute du fabricant du logiciel s’il y a un bogue impossible à supprimer. » La conversation aurait ensuite dégénéré.
Peut-être pouvons-nous tirer un enseignement des experts qui s’occupent d’installer des logiciels sur des milliers d’ordinateurs dans les entreprises. Refusant de jouer les cobayes, ceux-ci lèvent systématiquement le nez sur la version initiale de toute mise à niveau majeure d’un logiciel. Ils attendent que la première vague de bogues soit supprimée avant d’acheter.
Nous devrions suivre leur avis : « J’achèterais bien ce grille-pain pour ma mère à Noël, mais quelle version du logiciel utilise-t-il ? Doit-on le redémarrer après un bagel multigrains ? » []
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