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C’est ainsi que, à l’aube de la quarantaine, j’en suis à débattre des vertus du jouet pour adultes, telles les figurines Knockman et les Uglydolls. Je pourrais les envelopper d’épithètes savantes, mais… à quoi bon ? Bill Tapia, fabricant de jouets de Portland, en Oregon, le fait mieux que moi : « Je vise les enfants de 8 ans qui rêvent d’avoir 12 ou 15 ans. Et, quand je fais des jouets pour adultes, je cherche exactement l’effet contraire : je vise les 30 ans qui voudraient revenir à l’adolescence. » Oh ! oh ! Va-t-il falloir que je grandisse ? Je ne crois pas ; je ne fais que suivre la tendance culturelle.
Depuis ce jour à Penang où j’ai compris que la collection de jouets anciens était un loisir de riches, notre culture est pleinement entrée dans une nouvelle ère. Aujourd’hui, le roman littéraire et le cinéma grand public s’inspirent des bandes dessinées de notre enfance et l’émission de télé la plus regardée est un dessin animé irrévérencieux. Des jeunes de 26 ans cultivent délibérément un infantilisme digne de la maternelle et des adultes dont la vision du monde est résolument infantile (pensons à Steven Spielberg ou à Bill Clinton) sont adulés. L’amateur moyen de jeux vidéo a aujourd’hui 28 ans, et la publicité des Nintendo est clairement pensée pour les adultes. Il semble de plus en plus évident que La guerre des étoiles a été le plus important événement culturel des 30 dernières années et que nous sommes tous atteints du syndrome de Peter Pan.
Bien avant mon épiphanie au salon du jouet de New York, j’avais commencé à m’interroger sur la nature du jouet. Après tout, les écoliers d’aujourd’hui trimbalent des portables et communiquent par messagerie texte tandis que les adultes ne jurent plus que par les jeux de leur téléphone cellulaire et passent leurs soirées à faire des jeux vidéo. Autrefois, les jouets étaient réservés aux enfants, même si les adultes faisaient référence à leurs coûteux « joujoux ». Aujourd’hui, les guillemets semblent avoir disparu. Les jouets d’art, telles ces figurines minutieusement détaillées et articulées, sont destinés aux adultes, non aux enfants, et sont là pour être regardés, non manipulés.
Le jouet urbain se développe depuis 1997, me dit Jim Crawford, de StrangeCo, quand je trouve enfin son kiosque. Tout a commencé quand Michael Lau, du Hong Kong Toy Club, s’est mis à faire des poupées de style hip-hop en modifiant les G.I. Joe pour qu’ils ressemblent à ses amis. « C’était au moment de la rétrocession », précise Crawford, qui n’hésite pas à inscrire le jouet dans une grande fresque historique. Le mouvement de Hong Kong a ensuite pris contact avec des fabricants japonais de jouets commerciaux capables de mettre en marché des jouets de collection en éditions limitées de 500 exemplaires.