Kaws Accomplice
($450 et plus)
INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS

Les grands enfants qui refusent de vieillir peuvent faire joujou avec de nouvelles collections de jouets d’art.

Texte: MATTHEW MALLON
Photos: HAROLD FORTIN

1   |   2   |   3   |   4   |   Accueil

Déambulant dans une ruelle de Penang, au début des années 1990, je suis entré dans une obscure petite boutique après avoir aperçu dans la vitrine un objet éminemment désirable : une magnifique petite figurine d’étain des années 1940, une secrétaire qui tape à la dactylo pour peu qu’on remonte son mécanisme. Quelle trouvaille ! Et que j’allais sans doute pouvoir m’approprier pour quelques dollars malaisiens ! Quelqu’un a discrètement toussé derrière moi et, en me tournant, j’ai aperçu un jeune homme, torse nu, portant un short poussiéreux et des lunettes qui ne tenaient que grâce à du ruban. J’ai saisi le jouet et demandé : « Combien ? »

L’homme m’a répondu dans un anglais impeccable que l’objet n’était pas à vendre. « Je le répare pour un antiquaire hollandais de passage en Indonésie. La plupart des objets que vous voyez ici sont déjà réservés à des acheteurs étrangers, mais je pourrais vous montrer d’autres pièces, si vous voulez. » Après un bref et intimidant examen d’articles valant autour de 500 $ (bien au-dessus de mon budget jouet, d’alors comme d’aujourd’hui), j’ai pris la décision de laisser la collection de jouets anciens aux nantis, qui sont d’ailleurs les seuls à s’y adonner.

Près de 12 ans plus tard, en février dernier, à New York, au salon international du jouet, me voici qui cherche de quoi nourrir mon éternelle passion du jouet. Après avoir subi les assauts visuels de sautillantes troupes de danse, de mascottes géantes, de clignotants lumineux et de paillettes à gogo, j’ai enfin trouvé ce que je cherchais grâce à la nouvelle filière asiatique.

La grande tendance au salon du jouet cette année n’a rien à voir avec la poupée Elmo, ni d’ailleurs avec le jouet pour enfants (bien que, aux États-Unis seulement, cette industrie ait encore un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars). En 2004, l’expression « jouet pour adultes » a pris son sens large, hors des sex-shops. Inspiré par l’énorme succès que connaissent en Asie les jouets de collection pensés pour les adultes, un groupe de fabricants et de distributeurs indépendants s’est constitué pour la première fois aux États-Unis. Il a donné lieu à un ou deux textes dans des revues branchées et s’est fait un nom dans le monde de la culture pop. Certains prophètes et enthousiastes, tels Israel Levarek, de Toy Tokyo, à New York, et Jim Crawford, de StrangeCo, à San Francisco, ont vite compris qu’ils annonçaient la prochaine vague culturelle à déferler sur l’Amérique. Et c’est au salon du jouet de cette année que le jouet d’art (ou jouet urbain) a pris son élan. Grâce à de petites jambes dont il faut remonter le mécanisme.



1   |   2   |   3   |   4   |   Accueil

 


© 2004 enRoute est publié mensuellement par Spafax Canada Inc. Tous droits réservés. ENGLISH