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LA VALISE ROUGE
(à roulettes et à poignée rétractable)
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Venus du continent voisin, des garçons en boubous chic vendent des sacs à main en peau de chagrin. Plus loin, il y a un grand arc de triomphe, des temples en ruine et des forteresses vermoulues, trois colonnes corinthiennes, trois mâts de marbre blanc sous le soleil inflexible. À midi, entre les colonnes du temple de Saturne, le soleil comme un tyran frappe, avale les ombres sous les arches à grande portée et brûle les rétines. La Terre tourne autour du Soleil, qui reste fixe au centre de l’univers. Le voyageur ouvre son parapluie pour en faire une ombrelle, il avance sur la Voie sacrée envahie par les mauvaises herbes, résolu à tout voir et à tout comprendre. Il traverse les vestiges d’un empire invisible parcourus de signes désormais indéchiffrables. Et il pense en suant sous ce soleil de plomb aux casseurs de pierre.
Le ciel se couvre, le temps change, le vent balaie la place. Les pigeons s’envolent et, quand la pluie se met à tomber, les touristes s’engouffrent dans la cathédrale aux portes de bronze où brûlent mille cierges. Quasimodo prend la monnaie et pousse les visiteurs trempés dans l’escalier qui les mènera au sommet. La foudre foudroie. Les marches serpentent dans le couloir de pierre où les coups résonnent contre les parois couvertes de graffiti millénaires (ou écrits hier), de brefs serments d’amour, datés, conjugués dans toutes les langues. Pas de lumière sous les arches de pierre. Le tonnerre tonne. Le cœur cogne. Plus haut, on oblige les visiteurs à s’arrêter sous les cercles de l’Enfer de Dante. Il faut attendre. Sous le dôme d’or, le tonnerre précipite la chute des corps. Les anges lubriques pirouettent dans la fournaise de la terre où depuis une éternité cyborgs et extraterrestres crépitent dans les flammes. Les dia-bles tour-mentent les damnés de leur fer fourchu chauffé aux braises éternelles. Dans les ventres incendiés se tortillent des couleuvres. Ébloui par les flashs des appareils photo d’un groupe de Ja-ponais hé-téroclite qui de la croisée du transept mitraillent le ciel, comme saisi de vertige, le voyageur se retient à deux mains au garde-fou.
Réprimant le désir de tomber, il ne voit pas là-haut, sous la sphère bleue des étoiles fixes, l’apothéose du Jugement dernier, il ne voit pas les anges auréolés portés par des nuées de crinoline.
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