La science de l’adieu
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POÈME POUR ANNA AKHMATOVA I
Un vent vert,
un jaune dur,
un blanc immortel,
toute la fatigue russe en elle.
La rue a soif.
Pâte de la nuit solennelle.
Le ciel toujours gauche
parce qu’Anna ne sait pas espérer,
ni marcher dans le vide.
POÈME POUR ANNA AKHMATOVA II
Les mots longtemps hantés.
Anna transporte du noir dans ses tabliers,
parle à la lune vivante,
à l’horloge infidèle,
à son ombre qui brûle
à cause de son âme fatiguée.
Fraîcheur du vent en guise d’adieu
et ciel se vidant de toutes ses ardeurs.
Elle écrit des mots qui ne peuvent plus être lus ;
il n’y a plus rien : que des disparus ;
il n’y a plus rien : que des ensevelis ;
que des mots en héros tristes et russes.
POÈME POUR ANNA AKHMATOVA III
S’endormir, se réveiller
malgré la force du rouge ;
les chagrins prennent la place des étoiles
entassées dans la maison du ciel.
Anna attend des miracles,
voit le silence sur la Néva,
dit adieu à Pouchkine,
sa fatigue toujours postée devant elle,
son ombre mangée par le malheur.
POÈME POUR ANNA AKHMATOVA IV
Les balles roulent comme des cris.
Le gel prend l’image d’un incendie.
Est-ce que le printemps respirera encore ?
Chaque arbre à Tsarskoïé Siélo était un vêtement,
mais aujourd’hui Anna écrit un poème
pour son fils
qui a le pas des fantômes
dans la prison principale de Léningrad.
Elle ne sait pas
quel homme est amoureux d’elle,
elle sait seulement
que le rêve l’unit à quelque chose
qu’elle croit reconnaître.
POÈME POUR ANNA AKHMATOVA V
Passage pour l’éternité :
chaque jour pareil à un tombeau,
la terre est sibérienne,
y seront amenés les fils
été, printemps, automne, hiver.
Quelle couleur avaient leurs yeux ?
Il n’y a plus de joie,
rien que la nuit,
que les larmes devenues toutes les larmes ;
il y a un poème pour Boris Pasternak
plus présent que le silence.
Le temps, ce sont souvenirs rencontrés
dans la maison des morts.
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