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Travel

Survol mode

Toujours dans le vent, l’aviation et la mode s’avèrent d’excellents compagnons de voyage.

Illustration de Hort

Pas facile de choisir un moment décisif dans la carrière du styliste Valentino, qui vient de prendre sa retraite après presque 50 ans de défilés. Mais la présentation de sa collection d’au­tomne 2006 pour hommes est particulièrement mémo­rable. Valentino y a rendu hommage au film Hôtel International,un classique de 1963 qui mettait en vedette sa célèbre cliente Elizabeth Taylor et qui a fait connaître le jet-set, cette coterie de nantis que le dictionnaire définirait plus tard comme les personnalités qui comptent dans la vie mondaine internationale et voyagent surtout en avion.

Valentino y a fait défiler des voyageurs en manteaux de croco faits main, en blousons de suède champignon doublés de rason, en vestes de satin café crème et en complets de soie. Se mettre sur son trente-six peut paraître une curieuse réponse au carac­tère utilitaire du voyage moderne, mais ce n’est pas ce que Va­lentino avait en tête. Je pense qu’il cherchait plutôt à évoquer la magie, l’éclat d’une époque où prendre l’avion n’était pas tant une composante du travail qu’un moyen d’y échapper.

Valentino n’est pas seul à vêtir les voyageurs d’étoffes rares et précieuses. Ce pragmatique clairvoyant qu’est l’Américain Michael Kors pare aussi sa clientèle de luxueux atours. La mode s’ins­pire du voyage en avion depuis au moins 1958, date à la­­­­quelle Brioni a présenté sa collection pour hommes à bord d’un ap­­pa­­reil ; Valentino n’a fait que revenir à la source de cette relation, posant le voyage en privilège fabuleux et en moyen de se soustraire au quotidien.

La collection Valentino n’était pas qu’une réflexion sur le voyage aérien. Le jet-set est aussi un état d’esprit, et il en a toujours été ainsi. Quelqu’un a déjà décrit ses membres comme des « gitans supersoniques ». La formule rend bien l’idée d’une tribu de nomades parcourant le monde à la vitesse de l’éclair, mais elle souligne aussi le degré plus abstrait de mobilité des acteurs, peintres, écrivains, galeristes, cinéastes et autres élégants mondains. Oui, ces gitans faisaient la nouba, mais ils échangeaient aussi, à une vitesse supersonique, idées, influences, rêves et inspirations, sans frontières. C’était vrai avant même qu’il y ait des jets pour transporter d’heureux élus d’un port d’escale à l’autre. Sauf qu’aujourd’hui, avec le virtuel qui tient lieu de réalité, ces échanges tous azimuts semblent encore plus pertinents.

Le retour du jet-set s’imposait. Valentino et consorts sont en train de redorer le blason du voyage avec le lustre du pouvoir, dans l’intention de restaurer un état d’esprit idoine. Avec la démocratisation du luxe qui caractérise la dernière décennie, dans les domaines de la gastronomie, de la mode, des voyages et de la décoration intérieure, le retour du balancier était iné­vitable. Aujourd’hui, voyager est simple comme bonjour ; le défi consiste à repenser et à réévaluer l’expérience. Pour Valentino, le voyage, et l’état d’esprit dans lequel on l’aborde, est aussi important que la destination.


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Animateur de Fashion File pendant 17 ans, Tim Blanks a interviewé un nombre considé­rable de grands noms de la mode, dont Karl Lagerfeld, Giorgio Armani et Ralph Lauren.



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