À Istanbul, Ça dÉboule !
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Dans la soirée, Esra Ekmekçi me sert du champagne dans le salon de son appartement, qui a vue sur le Bosphore. Construit en 1973, le monumental pont suspendu reliant l’Europe à l’Asie paraît à portée de main. « Istanbul est unique. C’est une ville antique, mais l’énergie y est débordante. Les choix qui s’offrent à vous sont aussi nombreux qu’au marché. »
Esra faisait partie d’un groupe d’expatriés turcs que je fréquentais à Paris il y a 12 ans. Ils étaient membres de cette diaspora entichée de tendances à laquelle Ertunç faisait allusion. Ils forment aujourd’hui une nouvelle génération de créateurs dont l’inspiration vient non pas de l’enracinement, mais, pour paraphraser l’écrivain turc Orhan Pamuk, du déracinement.
Esra est à présent professeure de droit à l’université d’Istanbul et dirige une agence de publicité (la Dream Design Factory) avec son associée Arhan Kayar. Dans ce salon haut de plafond, décoré d’œuvres de style ottoman et de meubles des années 1950 (il y a des fruits frais et des photos de nous à Paris sur la table basse), je lui demande pourquoi ce retour aux sources.
La classe moyenne grandissante (Istanbul compte 12 millions d’habitants, dont les trois quarts ont moins de 25 ans) et l’économie de marché en plein essor sont deux facteurs indéniables, explique-t-elle. Mais ce n’est pas tout : les jeunes loups se sont aussi passé la réflexion que, en matière de modernité, Istanbul en connaissait tout un rayon.
Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’Ece Ege, styliste et fondatrice, avec sa sœur, Aye, de la marque parisienne Dice Kayek, fait irruption. Elle revient de l’inauguration du magasin Harvey Nichols au Kanyon, un centre commercial digne du Guggenheim, dans le quartier de Levent.
La styliste, qui travaille à Paris mais vit à Istanbul (« pour l’inspiration »), se surprend de ma question. « Pourquoi revenons-nous ? demande-t-elle avec une pointe d’impatience. Viens voir. » Elle nous convie sur la terrasse et montre du doigt la beauté à couper le souffle du paysage nocturne que tracent dômes illuminés en apesanteur, minarets élégants et boîtes de nuit bruyantes le long du Bosphore. « Voilà pourquoi. Nulle part ailleurs tu ne peux voir et ressentir cela. »
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