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À Istanbul, Ça dÉboule !


Le restaurant, le Muzedechanga

Il y a huit ans, Ertunç et son associé, Tarık Bayazıt, se sont fait un nom auprès de la faune en vogue de cette antique cité avec le resto Changa, au look industriel. Le Müzedechanga est leur seconde entreprise. Une clientèle raffinée s’y presse, attirée par le cube conçu par l’architecte Ayen Sava et la nouvelle cuisine turque qu’on y sert. Le mobilier, du très recherché collectif Autoban, est inspiré des années 1960. Situé au dernier étage du Sakıp Sabancı, un édifice Art nouveau récemment transformé en musée par les Sabanc? (les Rockefeller locaux), le Müzedechanga n’est pas le seul de son espèce : nombreux sont les restos-bars où souffle un vent de créativité qui attirent l’attention autant pour leur nourriture que pour la musique qu’ils diffusent.

Il n’y a rien de surprenant à ce qu’Istanbul soit la nouvelle capitale mondiale du style. Elle brillait déjà par son raffinement à l’époque où l’Europe du Nord n’en était qu’à l’âge des ténèbres. Sous le nom de Byzance, puis de Constantinople, elle a régné sur le monde connu. Quand Mehmet II a créé l’Empire ottoman, en 1453, le caractère polyglotte de la ville (Grecs, Juifs et Arméniens tenaient les rênes du commerce) s’en est trouvé renforcé. Pendant les 500 ans qui ont suivi, des flopées de poètes et d’écrivains ont vanté ses charmes. Lors d’une visite en 1850, Flaubert a même prédit qu’un jour Istanbul serait la capitale de la Terre (« C’est réellement énorme comme humanité»).

Mais Flaubert s’est mis le doigt dans l’œil. Les jeunes générations ont déserté une ville monotone devenue désert culturel. Un déclin économique s’est amorcé en dépit de la volonté d’Atatürk de transformer le pays en une république moderne et laïque : Istanbul est pour ainsi dire tombée dans l’oubli.

Aujourd’hui, expatriés formés à l’étranger et enfants d’émigrants reviennent nombreux au bercail pour savourer le charme singulier d’Istanbul, ou plutôt ses charmes. Ils sont la nouvelle garde du style. Leur offensive est aussi puissante que celles des sultans d’autrefois. Ceux qui sont revenus, explique Ertunç, « se sont ennuyés en Europe, car toutes les villes s’y ressemblent ».

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