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Analyse-moi Ça !

L’enclave de Villa Freud abrite plusieurs des 40 000 psys de Buenos Aires. Gardez votre ego (et votre surmoi) sous contrôle.

Peu après mon arrivée à Buenos Aires, il y a cinq ans, j’ai compris qu’aller en thérapie faisait partie intégrante d’une semaine normale pour les Buenos-Airiens, réputés pour leur mélancolie. Éprouvés par des bouleversements politiques, une économie en dents de scie et assez de conflits sociaux pour sombrer dans les né­­vroses, ceux-ci cherchent le réconfort dans la psychothérapie.

Rares sont les habitants de la capitale argentine qui n’ont pas fait quelques séances avec un techista, ou « réparateur de plafond », c’est-à-dire un psy. Essayez de prendre rendez-vous avec un ami, et la conversation commencera inévitablement ainsi : « Jeudi, impossible ; je vois mon psy. » Comme leurs homologues né­vrosés de Manhattan, les humoristes argentins commencent régulièrement leurs gags par « Une fois c’t’un gars qui s’en allait chez son psy… »

La plupart des clients ont beau être de la classe moyenne, toutes les couches de la société consultent. Grâce aux syndicats, les séances font partie des avantages sociaux des employés, et les hôpitaux publics proposent un service gratuit aux sans-le-sou. Lors de la récession de 2001-2002, alors que beaucoup de citoyens recouraient au troc plutôt qu’à l’économie monétaire, j’ai même ren­contré un thérapeute offrant 10 séances gratuites à qui accepterait de repeindre sa maison !

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