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LES HOMMES ONT-ILS PEUR DE S'ENGAGER ?

Texte: MANON CHEVALIER

SEP 03

Les hommes n’ont pas peur de l’engagement amoureux : ils ont tout simplement peur de l’échec. Je m’explique. Pour eux, échouer en amour peut conduire à la séparation, à la pension alimentaire à perpet’, à l’aliénation des droits parentaux. Sans oublier les délicieux coups de fil de l’ex à deux heures du matin. De quoi donner envie de rester célibataire et sur son quant-à-soi. Entre nous, qui voudrait jeter son va-tout dans une entreprise qui a autant de chances de réussir que de faire patate et de blesser l’ego ? Je vous le demande et lui aussi.

L’amour est anxiogène, cruel et périlleux. Quant à l’engagement, son corollaire (sur)naturel, il tient parfois du piège à cons et peut mener à la ruine. Pas étonnant que l’homme normalement constitué hésite, quand il n’avance pas à reculons, devant les choses de l’amour. C’est que conditionné depuis son plus jeune âge par l’obligation de performance et de réussite à tout prix, l’homme a appris à évaluer les risques de toutes ses entreprises. Pour lui, c’est l’exploit, sinon rien. Or, plus on a la phobie d’échouer, plus on calcule les risques. C’est mathématique, c’est masculin et c’est comme ça.

Mais voilà, il arrive à l’homme de tomber amoureux. Ou de le vouloir. Ou d’avoir une femme amoureuse à ses côtés. Ce qui n’est pas la même chose. Car la femme qui désire tant entrer dans la vie de l’homme, appelons-le Jules, est-elle vraiment amoureuse ? Je veux dire, vraiment, vraiment ? L’aime-t-elle pour ce qu’il est profondément ou davantage pour ce qu’il représente à ses yeux ? Est-elle plus attachée à ses petites qualités et à ses gros travers qu’à l’idéal qu’elle a d’une relation et du couple ? Vrai, les femmes – et j’en suis – sont souvent amoureuses de l’amour. Il arrive que notre envie d’une vie à deux soit si puissante que notre Jules soit relégué au second plan. Et lorsque ça arrive, l’homme le sent. Ce qu’il voit dans les yeux brillants de sa partenaire, c’est la projection de l’image idéalisée du couple, qui a parfois très peu à voir avec la réalité et… avec lui-même. Confus, piégé, l’homme se braque. Résultat : la femme le quitte en le traitant d’égoïste et de « phobique de l’engagement ». Utilisé par notre Jules, qui se prétend « incapable de s’engager », il s’agit d’un mensonge par omission. Ce qu’il n’ose pas dire, au fond, c’est « …avec toi ». En clair, l’homme qui ne veut pas s’investir – mis à part les cas pathologiques – n’est tout simplement pas amoureux. Ou pas assez.

On s’entend, pour s’engager en amour, il faut avoir la foi. Ou à tout le moins l’envie de se convertir à la chose. Fait étonnant, certains hommes y parviennent. Comment ? Le jour où, après de nombreuses relations-impasses, ils ont fait une vraie rencontre. La rencontre de la femme avec laquelle ils se sont dit : « elle, je pourrais ». Celle avec laquelle ils se sentent en sécurité – non, ce besoin n’est pas l’apanage exclusif des femmes ! Celle avec laquelle ils se sentent aimés pour ce qu’ils sont vraiment. Poussés par un désir plus fort que la peur de l’échec, là ils s’engagent. C’est authentique, c’est masculin et c’est bien comme ça. [ ]


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SEP 03
 


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