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PHILADELPHILE (p. 2)
1 | 2 | 3 | SEP 03
Boutiques et restaurants de luxe « Allons voir la Cloche de la Liberté », propose Miriam, dans un esprit plus touristique que patriotique (nous sommes canadiennes après tout). Nous nous dirigeons dun bon pas vers Independence Park, où nous découvrons une queue interminable, des détecteurs de métal et aucune promesse de cheesesteaks à larrivée. Je décrète que la Cloche de la Liberté est pour les poires, et nous partons magasiner.
Dabord dans Market Street, qui ressemble au SoHo de New York avec ses usines rénovées et ses lofts, puis 2nd Street, qui est aussi très bien, et 3rd Street, qui est mieux encore. Nous entrons dans des galeries, visitons la maison de Betsy Ross, essayons des anneaux de résine, passons dans Elfreths Alley (la plus ancienne rue habitée dAmérique), mais je me dis que nous ne sommes peut-être pas dans le bon quartier. Car les vêtements et les chaussures sont hors taxe en Pennsylvanie, et il faudrait aborder cette virée dans les magasins de manière plus sérieuse. Nous hésitons entre les boutiques de Liberty Place, celles du quartier des bijoutiers, ou des antiquaires, celles de Manayunk, nous songeons même à sortir de la ville pour aller au King of Prussia Mall (le plus grand centre commercial de la côte Est). Nous optons finalement pour les boutiques et les restaurants chics de Rittenhouse Row. Cest là québlouies nous découvrirons les murs entiers de produits apothicaires du nouveau Bluemercury, et que je voudrai échanger mon royaume pour les styles audacieux de Petulias Folly et les articles de maison de Leehe Fai.
Sil mest impossible de tout acheter, je peux tout de même moffrir un repas de reine. De lautre côté de la place, à létage de lhôtel Rittenhouse, nous entrons chez Lacroix. Jean-Marie Lacroix a été pendant 18 ans chef des cuisines du Fountain Restaurant au Four Seasons de Philadelphie, ce qui lui a valu le titre non officiel de parrain de la fine cuisine locale. En septembre dernier, le Rittenhouse la invité à sortir de sa retraite et à créer le restaurant de ses rêves.
Or le rêve de Lacroix évoque une version très zen du Paris des années 1940. On y sert un déjeuner daffaires en quatre services présenté dans un plateau compartimenté japonais et comprenant notamment un délicieux ragoût de gourganes et dartichaut en quartiers, et des pétoncles braisés dans un coulis de tomates et dépinard. Le tout, préparé dune main de maître, se conclut par quelques chocolats maison. Et joubliais : tout ça coûte à peine 24 $.
Sashimi et cocktails électriques Je ne me rappelle plus la dernière fois où je suis restée bouche bée en entrant dans un restaurant, fascinée par la beauté des lieux. Mais ici
plafond ondulant de sept mètres, éclairage dissimulé dans des murs tout en méandres, banquettes qui changent de couleur tout au long de la soirée
voilà ce qui arrive quand on réunit le restaurateur le plus hot de Philadelphie (Stephen Starr), le chef Masaharu Morimoto (que lon peut voir au petit écran) et lun des designers les plus audacieux au monde (le Canadien Karim Rashid) : un pur ravissement.
Tout est parfait : le saké froid, lespace enveloppant, le lieu animé et la cuisine
disons que je comprends mieux ce que vivent les juges de ces fameux concours télé Iron Chef. Le tartare de buf de Kobe fond dans la bouche. Le plateau de sashimi Morimoto combine cinq variétés de poisson frais à sept sauces raffinées. Le tempura de crevette de rocher, merveilleusement glacé et sucré, est une révélation. Les plats sont amusants, les gens sont détendus.
Nous allons prendre le digestif chez Trust, petit bar et resto funky qui sert de point dancrage à un nouveau quartier en plein essor nommé B3 et qui désigne le secteur à lest de Broad Street. Vous ne connaissez pas ? Mais personne navait entendu parler de SoHo il y a 20 ans. Le DG de Trust, Brent Stanton, nous sert des cocktails électriques (ils brillent dans le noir !) et nous propose une petite visite guidée du quartier.
Il se révèle que le grand promoteur urbain Tony Goldman, lun des artisans de la revitalisation de SoHo et de South Beach à Miami, a acheté il y a quelques années des immeubles dans ce quartier délabré 22 pour être précis. Ce qui était un cinéma XXX lan dernier se transforme actuellement en lofts. Des bâtiments placardés sont tout à coup devenus de chics comptoirs de gelati, des boutiques de vêtements pour hommes ou daccessoires pour femmes, et des pizzerias gourmet. « Pour vraiment comprendre ce que nous sommes, il faut voir ce que nous étions lan dernier », nous confie Stanton en nous accompagnant jusquau coin de la rue, à la lueur des glaçons de nos verres.
Dans ce cas, je meurs de voir ce que lendroit deviendra. [ ]
Où loger, où se restaurer, quoi faire... >
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