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PHILADELPHILE
Philadelphie a la pêche. Pour saisir comment elle est passée du mode cheesesteak et Cloche de la Liberté au mode fringues griffées et cocktails électriques, lisez ce qui suit.

Texte : AMY ROSEN

1   |   2   |    3   |   SEP 03

Le défi de Marvin « Qu’est-ce que vous faites ? Quels sont vos projets ? Vous allez où, les filles ? » demande Marvin Factor, sympathique aubergiste du Inn on Locust, tandis que ma copine Miriam et moi déposons nos sacs dans le hall de son chic hôtel-boutique.

« On est venues passer un week-end à New York – mais à Philadelphie !

– Bonne idée, mais c’est bien mieux ici qu’à New York. On a tout ce qu’ils ont moins la foule, les bouchons et l’agitation. » Philly, explique-t-il, est une ville de taille humaine, contrairement à New York, avec tous ses gratte-ciel. Le rythme est plus lent ici, la vie plus facile, et les gens plus aimables. Puis il ajoute, sur un ton sans réplique : « Maintenant, allez manger un cheesesteak ! »

On n’oublie jamais le premier Dans South Street – dotée depuis peu de boutiques tendance, de jeunes planchistes un peu trop percés, et de bons restaurants – se trouve Jim’s Steaks, angle South et 4e Rue, où la queue fait littéralement le « tour du coin ». On se dit qu’une telle foule doit être bon signe. À l’intérieur, le décor est typique de la Philly d’autrefois. Depuis 1937, les cuisiniers à la chaîne servent aux vedettes et aux habitués des rondelles de bœuf haché de catégorie A, garnies d’oignons frits et de fromage, et enfouies dans un petit pain mou. Sur les murs de céramique blanche s’alignent les trophées, les autographes et les photos, dont une, particulièrement troublante, d’un jeune Larry King qui plonge en chute libre, en ingurgitant la spécialité de la maison. Une plaque de bois à l’entrée nous prévient : « Détenteur du record : Alix Friedman, 12 sandwiches en 1 1/2 h ». Sidérant.

Un chaos structuré règne à l’intérieur : les caissières hurlent les commandes, les cuisiniers tartinent le Cheez Whiz. La tête me tourne. Et pourtant, mon premier cheesesteak est un concentré de nirvana humide enveloppé dans du papier ciré. Si bon soit-il, je découvrirai dans les jours qui suivent que le cheesesteak de Pat’s et Geno’s (près du marché italien), et celui du Reading Terminal Market, sont de très sérieux rivaux.

Comme nous sortons de chez Jim’s, j’entends un ado assurer à son copain : « J’étais ici hier, je suis là aujourd’hui et je vais revenir demain. » C’est quelque chose : 64 ans et les jeunes en redemandent !

Society Hill remonte la pente Pour faire descendre ce copieux délice, nous nous dirigeons vers Washington Square, qui est entouré de bâtiments historiques et de monuments. Comme nous admirons une rangée de maisons restaurées, un homme affable s’approche, accompagné d’un gros chien noir : « Vous avez besoin d’aide, les filles ? demande-t-il en se présentant : Howard Lander, promoteur local.

– Non, mais on vient de voir passer Benjamin Franklin, que je lui réponds (nous venions en effet d’apercevoir un acteur en costume d’époque, phénomène relativement fréquent à Philadelphie).

– Oui, ça arrive. Restez assez longtemps, et vous verrez aussi Betsy Ross et Thomas Jefferson. Vous savez, c’est Franklin qui a dessiné le plan de ma maison. » Là-bas, indique-t-il en montrant du doigt l’autre côté de la petite rue en pavés.

Howard nous accompagne jusqu’à Washington Park en racontant comment Society Hill, quartier chic aujourd’hui, était encore peuplé de taudis il y a à peine 25 ans. Au milieu des années 1970, les urbanistes ont restauré certaines des maisons historiques mais très délabrées de ce quartier, dans le cadre d’un projet de revitalisation urbaine. La Ville, souhaitant faire revivre ce vieux quartier, a vendu les maisons pour quelques milliers de dollars chacune, mais en imposant aux acheteurs des conditions très strictes : « Rénovez ou faites de l’air ! » Ceux qui ont pris le risque d’investir dans des restaurations coûteuses mais historiquement fidèles ne l’ont pas regretté : ces demeures valent aujourd’hui un bon million de dollars.

Vivre en harmonie Avenue of the Arts, voilà le nom qu’on donne ici à Broad Street, ce grand boulevard nord-sud qui traverse le centre-ville et où logent depuis toujours les grands théâtres et les écoles de musique les plus prestigieuses. En décembre 2001, l’Avenue of the Arts a mis une nouvelle plume à son chapeau : le Kimmel Center, centre culturel extravagant de 3 150 places construit pour la modique somme de 265 millions US. Le soir de l’inauguration, Elton John a donné un concert-bénéfice (et chanté sa version du célèbre Philadelphia Freedom). Les billets – à 5 000 $ l’unité – se sont envolés en moins d’une semaine.

Philadelphie est une ville qui soutient vraiment les arts, comme on peut le constater partout. Dans les années 1980, un programme de mentorat artistique a transformé un problème de graffiti urbain en 2 200 murales dessinées au centre-ville. Pionnière en matière de financement de l’art, elle est la ville américaine où il y a le plus d’art public – notamment LOVE, la célèbre sculpture représentant l’amour fraternel, une statue de William Penn, le père fondateur de l’État, et une autre du héros local Rocky.
Le Kimmel Center a beau être au cœur d’une ville au patrimoine historique très riche, ce n’est pas pour autant une salle d’opéra traditionnelle. Dessiné par Rafael Viñoly Architects de New York, la voûte d’acier et de verre qui fait office de toit englobe des structures intérieures en ardoise et en bois de cerisier. Ayant assisté au concert du samedi soir donné par l’Orchestre de Philadelphie, je peux en attester : le Kimmel est un lieu de rêve !

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