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LE GRAND MÂLE CANADIEN

NEIL BINGHAM – L’esthète

Texte: KAREN BURSHTEIN

Intro   |   SEP 03

Dans une publicité diffusée au Royaume-Uni l’an dernier, on voit défiler de brefs portraits de gens cool et cultivés qui font chacun leur truc. Dans un des courts segments, un homme affublé de lunettes trop grandes à la Clark Kent danse dans une maison remplie de meubles des années 1950 et 1960. À la fin de la publicité, une voix hors-champ entonne ces trois mots : « des gens influents ».

Neil Bingham, historien de l’architecture et conservateur au Royal Institute of British Architects (RIBA), né à Winnipeg et installé à Londres, fait certainement partie de ces gens. C’est aussi l’un des grands spécialistes britanniques du modernisme d’après-guerre.

Bingham partage son expertise de cette période de l’histoire du design dans un livre intitulé Modern Retro: Living with Mid-Century Modern Style [Le rétro moderne : vivre dans le style moderne d’après-guerre], dont il est coauteur avec le commerçant de meubles Andrew Weaving. « C’est davantage un sous-verre qu’un beau livre », soutient-il dans cet étonnant mélange de modestie toute canadienne et de théâtralité wildienne qui caractérise sa façon de s’exprimer. Ce livre, publié en 10 langues, est devenu un guide recherché par les amateurs de style. Et puis il y a la maison.

Neil Bingham voulait une habitation moderne, malgré ses compétences d’expert en architecture victorienne. Il a trouvé l’écrin idéal pour sa collection de meubles : une maison Span des années 1970 signée par l’architecte Eric Lyons, à Blackheath, une banlieue verdoyante de Londres. Illustrée dans le livre, cette maison, avec son décor moderne et dynamique, est devenue la Mecque des amateurs du design d’après-guerre.

À le suivre dans sa tournée quotidienne de vernissages et d’événements, je constate toute la mesure de son influence. Des étrangers se glissent vers lui pour lui demander : « Êtes-vous Neil Bingham ? » Ils sollicitent toutes sortes de conseils, que ce soit sur un panneau de tissu réalisé vers 1950 par la dessinatrice textile Marian Mahler ou sur un sofa Robin Day. « Les gens ont de ces manies », me chuchote-t-il d’un air amusé.

Il affiche des affinités avec la musique trance et aime beaucoup arpenter les salles monumentales du RIBA et participer aux fêtes sur les plages de Winnipeg (ce qui prouve qu’on peut revenir périodiquement chez soi, au moins en visite). Voilà un mode de vie plutôt postmoderne pour un moderniste d’après-guerre. [ ]


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