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L'ESPRIT HYGGE
Texte: DEBRA WEINER
La premiÉre fois que je suis tombÉe sur le mot " HYGGE " (prononcez "hiou-ga") - quelque chose comme "bien-être", en français - c'est dans un guide sur le Danemark.
Le guide faisait valoir qu'on trouvait cet esprit partout au Danemark.
J'étais franchement sceptique.
Quoi? Ces gens connus dans le monde entier pour leur style minimaliste, leurs technologies écolos et leur liberté sexuelle ne cherchaient au fond que confort et bien-être?
Hum... Quelque chose m'échappait. Puis j'ai rencontré par hasard un Danois de ma connaissance, qui enseigne dans une prestigieuse université américaine.
"Qu'est-ce que c'est que cette histoire de hygge?" lui ai-je demandé.
"Mais, c'est le fondement spirituel du Danemark", m'a-t-il répondu.
Rien de moins.
Certains rêvent de trouver un gourou, d’autres cherchent des ovnis. Moi, je suis partie pour Copenhague en quête de hygge. Au premier coup d’œil, c’est indéniable, Copenhague a quelque chose de douillet. Ses rues étroites et sinueuses, qui datent du Moyen Âge et dont plusieurs sont piétonnes, sont bordées d’immeubles rarement plus hauts que cinq ou six étages, et traversent des cours intérieures et de charmantes petites places. Des jonquilles poussent partout. Les gens se baladent en vélo. On se croirait dans un immense jardin.
Mon hôtel était au bout de Nyhavn, un canal creusé au xviie siècle. J’avais pris rendez-vous avec l’ethnologue Karen Schousboe, auteure du best-seller danois Det enkle liv (« La vie simple »). J’ai marché sur le quai, parmi les mouettes qui lançaient leur cri strident, devant des maisons à pignon aux tons de pastel, et des restaurants et des cafés où, malgré la fraîcheur ambiante, les clients mangeaient dehors, emmitouflés dans des couvertures de laine. Mme Schousboe m’attendait au Kransekagehusets Konditori et Café, un café-pâtisserie niché au fond d’une cour intérieure pavée. J’espérais qu’elle m’indique une piste pour arriver au hygge.
Déception ! Le hygge, m’a expliqué Mme Schousboe, est une chose que les Danois gardent pour eux. Non qu’il s’agisse d’un secret, mais, pour accéder au hygge (le terme vient d’un mot d’ancien allemand qui signifie « qui procure du bien-être » ou encore « éprouver de la sérénité »), les Danois ne font rien de particulier : ils s’assoient et ils mangent. « Les Danois, m’a-t-elle dit, ne s’intéressent pas vraiment au reste du monde. Nous sommes des introvertis heureux. » Puis, tout en mangeant sa tartelette aux pommes, elle a ajouté, en me regardant droit dans les yeux : « Moi, par exemple : au lieu d’être ici avec vous, je pourrais être chez moi, ou en train de promener mon chien. Mais je me sentais une obligation. »
Avouez que ça vous enlève toute envie de poursuivre une conversation. Mais je suis sûre que ça ne s’adressait pas à moi personnellement (ou bien elle a un chien dont elle est inséparable...).
Comme données plus tangibles, j’ai tout de même appris que les débuts du hygge sont souvent associés à l’âge d’or du Danemark, soit la première moitié du xixe siècle, où malgré des ou en raison de défaites politiques, un esprit national s’est formé. Hans Christian Andersen a écrit ses contes, Søren Kierkegaard a élaboré sa philosophie existentialiste. L’harmonie domestique est devenue une vertu très prisée, et elle l’est encore aujourd’hui.
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