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LE COUPLE DANS TOUS SES ÉBATS   (p. 2 de 2)

1   |   2   |   OCT '04


S’il est bien question de mariage ici, c’est d’abord à la noce qu’on pense, bien davantage qu’à l’institution. Et on y met le paquet ! Réception, fleurs, limo, robes et smokings : l’industrie nuptiale génère au Québec des revenus annuels de plus de 300 millions de dollars, sans même tenir compte des voyages de noces, et la légalisation éventuelle du mariage homosexuel (après la Colombie-Britannique et l’Ontario) devrait encore faire monter les mises. Près du tiers des gais et lesbiennes québécois auraient l’intention de se marier, selon les responsables du premier Salon du mariage gai et lesbienne du Québec.

Cérémonie médiévale, union sauvage en forêt, fiesta nautique : des entreprises spécialisées, avec célébrant new age (pas un prêtre… mais tout comme), se bousculent pour satisfaire tous les fantasmes de la noce « personnalisée ». « Les gens savent parfaitement que plus rien ne dure. Puisque le contenu, le sens profond a disparu, on investit dans le contenant, suppute Diane Pacom. D’où l’extravagance actuelle. »

Au-delà de la fête, il s’en trouve pourtant qui tiennent encore et toujours au mariage en tant qu’institution, à condition de le réinventer à leur image et à leur ressemblance. Place aux revendicateurs du mariage revu et corrigé, catégorie dominée, sans surprise, par les baby-boomers.

Grands délinquants devant l’éternel, ceux-ci n’allaient quand même pas se priver d’aller encore une fois à contre-courant. Pour ces ex-défenseurs de l’amour libre, se passer la corde au cou est du dernier chic : le Français Daniel Cohn-Bendit, leader du révolutionnaire mouvement de mai 68, l’Américaine Gloria Steinem, papesse du mouvement féministe, et, au Québec, l’extravagante chanteuse Diane Dufresne et la contestataire auteure Denise Bombardier ont tous dit oui devant Dieu et les hommes.

Banal retour à la case départ ? Nenni. « Hier, les gens se mariaient pour fonder un foyer. C’était d’abord un choix rationnel et raisonnable. Aujourd’hui, l’amour arrive en tête de liste », affirme l’historienne Martine Tremblay, auteure d’une thèse de doctorat sur les rituels du mariage au xxe siècle. Autrement dit, pour ces néotraditionalistes, le mariage revêt une signification radicalement autre que celle que lui conféraient leurs parents : plutôt qu’acte fondateur, il s’agirait maintenant d’une étape, d’une consécration.

Après tout, peut-être que, derrière leur réputation de téméraires aventuriers du couple, plusieurs Québécois se révèlent conformistes en vieillissant… À moins qu’ils se soient rendus à l’évidence : pour témoigner du mystère de l’Amour et le célébrer, on n’a encore rien inventé de mieux que le mariage. « Le besoin de dire son attachement à l’autre devant ses pairs est viscéralement humain et ne disparaîtra jamais », selon le psychologue Marc Therrien. Pourquoi la communauté gaie revendique-t-elle ce droit, si ce n’est pour satisfaire, elle aussi, cette aspiration universelle ?

Tout réfléchi, bien téméraire celui qui prétendrait expliquer pourquoi les Québécois marquent à ce point leur différence nord-américaine en matière de vie à deux (ou plus). Sans doute faut-il y voir une mystérieuse combinaison d’histoire, de politique, de culture et d’état d’esprit. Au fond, le sang bouillant des coureurs des bois coule peut-être toujours dans leurs veines : hors de la découverte de nouvelles contrées, point de salut ! Gardons-nous quand même de tout confondre. Une société postmoderne, postconjugale, postinstitutionnelle ? Résolument. Un Québec post-Amour, jamais. [ ]


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