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LE COUPLE DANS TOUS SES ÉBATS
Le mariage, institution dépassée, ou seulement déconstruite, remodelée, réinventée ? La réponse pourrait bien se trouver au Québec.
Texte : DANIELLE STANTON
1 | 2 | OCT '04
« Jai rencontré Jeanne* à la fin de ma vingtaine, raconte Louis, un Montréalais de 51 ans. Je ne lui ai pas caché mon ambivalence sexuelle. Elle était daccord pour laventure. » Jeanne et lui nont jamais cohabité, sauf quelques mois à la naissance de leur fils ; Louis a depuis entamé une relation avec un homme, qui a duré 10 ans.
À lheure actuelle, ni lun ni lautre na damoureux. Bientôt, ils emménageront côte à côte dans un jumelé. « Au fond, comme on se donne lun lautre une sécurité affective, on sent moins le besoin davoir quelquun dans notre vie. »
Unions de fait, mariages homosexuels, relations en mode « chacun chez soi » : au rayon couples, tous les modèles sont disponibles. Le vôtre, vous le désirez de quelle taille et de quelle couleur ?
Comme partout en Occident, on se marie beaucoup moins quavant au Canada, et particulièrement au Québec. Non seulement les Québécois sont-ils deux fois moins nombreux quil y a 30 ans à dire oui (20 600 mariages célébrés en 2003 contre 50 400 en 1975), mais ils divorcent plus souvent et optent davantage pour lunion libre : 30 % des couples de la Belle Province sont « accotés », contre 12 % dans le reste du Canada, et 8 % aux États-Unis !
Quy a-t-il derrière ce phénomène ? Pourquoi le Québec sest-il tout à coup peuplé dexplorateurs en quête de nouvelles formes de conjugalité ?
Avec la Révolution tranquille (encore elle, toujours elle), la province a littéralement divorcé davec les institutions du passé pour épouser la modernité. « La société québécoise a vécu en 40 ans des mutations qui se sont échelonnées sur 300 ans dans dautres sociétés », observe Diane Pacom, professeure de sociologie à lUniversité dOttawa. Un mégasondage Environics réalisé auprès de plus de 14 000 Nord-Américains confirme ses dires. Selon ce sondage, cest au Québec quon dénombre le plus de familles non typiques, où lhédonisme est le plus présent et où la permissivité est la plus grande. Faut-il vraiment sétonner que les pionniers du couple sy retrouvent à foison ?
Nord-Américains de tous horizons, si vous voulez connaître votre avenir amoureux collectif, jetez un coup dil du côté du nord-est : le Québec est la boule de cristal du renouveau conjugal.
Soyons précis. Côté cur, les Québécois se présentent en trois variantes : a) les adeptes du couple à géométrie variable, qui roulent en coupé sport ; b) les accros de la noce, entichés de lamusante PT Cruiser ; et c) les revendicateurs du mariage revu et corrigé, inconditionnels de la New Beetle. Dans tous les cas, la fidélité est offerte en option.
Réussir le pari dêtre à la fois ensemble et libre : voilà lidée sous-jacente à la première formule. « Philippe est le grand amour de ma vie depuis huit ans, explique Michèle, 42 ans. Mais nous habitons deux logements. Notre rythme de vie est très différent. Vivre séparément nous évite bien des querelles. » Les couples à géométrie variable aspirent au fond à déternels recommencements. Excitant comme perspective, mais angoissant comme mode de vie : ai-je fait le bon choix ? Et si lherbe était plus tendre ailleurs ? Le leitmotiv de ce type de couple des temps modernes pourrait dailleurs être : « On est fait lun pour lautre. Toi pour toi. Moi pour moi. » Comme grand-mère aurait marmonné : « Ça ne fait pas des enfants forts
»
Mais on ne bazarde pas impunément le passé. Le grand brasse-camarade conjugal cache une tension : entre les représentations traditionnelles du couple et la pluralité actuelle, le cur des Québécois balance. Que font plusieurs pour sen sortir ? Ne reculant devant aucune contradiction, ils mythifient le couple plus que jamais. Bienvenue dans lunivers des accros de la noce.
Démesures à la sauce hollywoodienne, émission de téléréalité du type Pour le meilleur et pour le pire ! (à TVA cet automne) : au Québec, comme partout sur la planète, la fête nuptiale na paradoxalement jamais fait autant rêver. « La recette marche encore : à Paris Match, des stars qui se disent officiellement oui, cest une cover qui éclate, au minimum de 10 % à 15 % de ventes supplémentaires », rapportent les journalistes Pascale Wattier et Olivier Picard dans Mariage, sexe et tradition. Tant pis si les tourtereaux se séparent au bout de six mois
* Les noms de certains intervenants ont été modifiés par souci de confidentialité.
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