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LES JOIES DE LA CUISINE (ASSEMBLÉE) MAISON   (p. 2 de 3)

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La cuisine canadienne moyenne sombre dans l’anarchie, si l’on en juge par les résultats des plus récentes études de marché. Selon les sondages de la firme de consultants NPD Canada, 60 % des consommateurs consacrent 45 minutes ou moins à la préparation du repas, et 42 % y consacrent moins de 30 minutes : « Cette tendance se dessine depuis 10 ans », précise la vice-présidente Marion Chan. Mais une autre statistique plaît encore davantage à Colin Farnum : 30 % des gens ne savent pas ce qu’ils vont manger une heure avant le repas.

Par manque de temps, dit Chan, la « commodité » d’un produit (préparation facile, cuisson rapide et conditionnement tout compris) compte aujourd’hui davantage que les facteurs goût ou nutrition, surtout pour les moins de 35 ans. Mais nous n’avons pas pour autant envie d’abandonner la cuisine ou de nous en remettre aux plats surgelés. « Nous sentons le besoin de participer à la préparation du repas », avance Chan.

Nous tentons donc de retirer un minimum de satisfaction personnelle du peu de temps que nous passons à la cuisine. Comme vous le dira toute personne qui travaille à son compte, la préparation d’un repas coûte cher : pendant que je pèle des carottes ou que je fais mariner mes côtelettes de porc, je pourrais conclure une vente de plus. Si on ne cuisine plus, c’est qu’on n’en a plus les moyens ; on a plus besoin d’argent que de hacher soi-même les oignons. Mais on veut tout de même avoir la satisfaction de faire frire les oignons dans la poêle, car ce bruit de friture est absolument jouissif. Au fond, ce qu’il nous faut, c’est un sous-chef qui s’acquittera de toutes les tâches ennuyantes.

Nat et Enzo Lanzarotta l’ont compris. Leur entreprise, Produce Counter, coupe des légumes pour tout le sud de l’Ontario. En plus du brocoli et du chou-fleur, elle fait des mélanges de légumes à sauter, des brochettes de légumes et diverses combinaisons d’oignons, de poivrons, de courgettes et autres légumes frais, coupés d’avance et prêts à cuire. La julienne à pizza et à omelette se prête à de nombreux usages : dans un peu de bouillon en conserve, elle donne une soupe vite faite ; étendue sur une galette avec un peu de sauce tomate et de fromage, c’est une pizza ; on peut même, pourquoi pas, l’incorporer à un plat de Dîner Kraft. Car voilà une autre des joies de l’assemblage : on peut y recourir pour rehausser des aliments en boîte et créer ainsi un semblant de repas maison.

Ce que font les Lanzarotta est d’une simplicité désarmante : tous les matins, Nat va au marché et rapporte des légumes frais qu’il fait couper à la main (comme maman le faisait) par toute une batterie d’ouvrières. Le tout est ensuite emballé (jamais congelé ni mis en conserve) et expédié vers les supermarchés. « On a commencé par des bâtonnets de carotte et de céleri, dit Nat, et depuis on ne cesse d’avoir de nouvelles idées, et les supermarchés continuent de nous passer des commandes. Nos produits se vendent tout seuls. » Cet été, pour répondre à la demande, le Produce Counter a laissé ses anciens locaux pour de nouvelles installations presque trois fois plus grandes.

Plus personne n’a le temps de farcir des petits pois au fromage à la crème. (Pas surprenant que Martha Stewart se soit retrouvée devant les tribunaux : une femme qui a tant de temps pour cuisiner doit faire la passe.) L’ironie, c’est que l’assemblage s’impose comme tendance forte lors même qu’on nous inonde de revues et d’émissions de cuisine gastronomique. Mais la télé est bien forcée de s’adapter. Cet automne, le Food Network diffusera aux États-Unis la deuxième saison de Semi-Homemade Cooking with Sandra Lee, où l’accent est mis sur des repas faits à partir d’un aliment congelé ou précuit. L’animatrice décrit la formule comme « 70 % acheté, 30 % maison » et a même breveté l’expression Semi-HomemadeMD, ce qui pourrait se révéler profitable. Le créneau se peuple vite de têtes d’affiche et de plus en plus de livres de cuisine font leur beurre de l’assemblage de repas.

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