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LES JOIES DE LA CUISINE (ASSEMBLÉE) MAISON
Les deux groupes alimentaires que vous connaissez sont « cru » et « cuit » ? Les unités de mesure de vos recettes sont les « conserves » et les « sachets » ? Vous êtes conditionné à répondre à la cloche du micro-ondes ? Alors vous vous inscrivez directement dans LA tendance marquante du secteur alimentaire de la dernière décennie.
Texte : PHILIP PREVILLE
1 | 2 | 3 | Triche culinaire | OCT '04
Mon supermarché tient plus de 3 000 produits. Jen connais peut-être une trentaine, je sais où ils sont et jai tendance à refaire toujours le même parcours chaque fois que jy vais. Il y a des allées que je ne fais jamais, des portes de frigo que je nouvre pas. Comme tout le monde, je chemine de la porte dentrée à la caisse dans une sorte détat second, à la fois serein et bien déterminé.
Jai récemment été tiré de ma torpeur épicière en découvrant un étalage complet de rôtis Maple Leaf cuits et prêts à servir : rôti de buf, pain de viande, poitrine de dinde et longe de porc, en sauce, réfrigérés et vendus à 9,99 $. Jen suis resté stupéfait. Jusque-là, lunivers des viandes prêtes à servir se limitait pour moi aux hamburgers congelés, aux fruits de mer en conserve et au jambon en flocons. Or voici quon moffrait des rôtis juteux, savoureux, impossibles à rater et prêts à servir après 10 minutes à peine au micro-ondes.
Jétais, semble-t-il, le dernier à lapprendre. Ces rôtis entièrement cuits sont apparus sur les tablettes dépicerie à lautomne 2003 et ont immédiatement fait fureur parce quils incarnent la tendance majeure des 10 dernières années en Amérique du Nord : lassemblage de repas maison. Alliant commodité et choix, lassemblage permet de préparer un repas simple et rapide tout en gardant la main haute sur le choix des composantes (aspect essentiel au succès de la formule). En comparaison du plateau télé tout compris, cest la liberté.
Lidée du rôti précuit consiste en quelque sorte à sortir la viande du plateau télé et à la vendre séparément. Selon Colin Farnum, directeur de la recherche et du développement de Maple Leaf, cest là tout le génie de laffaire : « Il sagit de fournir au consommateur lélément central de son assiette et de le laisser composer son repas maison autour. » En arpentant les allées du supermarché plus attentivement, jai pu constater que se trouvaient déjà sur les tablettes une foule de produits dassemblage, en attente du jour où Farnum inventerait ses rôtis : les SideKicks de Lipton, le riz Bistro Express dUncle Bens, le pain à lail et au fromage de Dempsters, les mescluns ensachés avec vinaigrette, les brocolis et choux-fleurs découpés et prêts à cuire quon trouve au rayon des fruits et légumes. Tous ces produits préemballés sont faits pour aller ensemble. Pour une génération habituée à coordonner les vêtements de sa garde-robe, voici loccasion de faire de même dans son assiette.
Le repas type assemblé à partir de ces produits (rôti de buf en sauce avec légumes vapeur et riz parfumé, accompagnés de pain à lail et dune salade verte arrosée de vinaigrette) est le repas maison par excellence, comme maman laurait préparé, mais sans salir la planche à découper. Jai servi un tel repas ; sil est vrai quil nétait pas aussi bon que si maman avait passé des heures à le préparer, il ne goûtait pas non plus comme un repas préparé en 25 minutes chrono. Cétait un bon souper maison concocté par un nul en cuisine, terme qui décrit la plupart de mes amis de moins de 35 ans.
Colin Farnum nous épargne donc du temps et du travail et nous permet den arriver à un résultat supérieur à ce que nos capacités devraient nous permettre despérer. Mieux, il nous donne la satisfaction davoir préparé le repas nous-mêmes, au lieu de toujours faire livrer. « La phrase "Jai fait le repas" voulait dire autrefois tout faire soi-même à partir dingrédients de base, explique Farnum ; aujourdhui, ça veut simplement dire : "Je lai assemblé." »
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