ENROUTE TV
  ENROUTE FM
  MEDIA KIT
  AIR CANADA
  LIENS

  DIRECTIVES
  AUX AUTEURS



  


AMALFI, AMEN
Après l’enfer romain et napolitain, la côte amalfitaine offre un coin d’Éden.

Texte : DOUGLAS ANTHONY COOPER

1   |   2   |    3   |   OCT 03

L’enfer nous attendait à notre atterrissage à Rome. Littéralement. À l’hôtel, nous lisons sur un carton : « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ! » En effet, la damnation est le thème du nouveau Boscolo Aleph : éclairage rouge, barman en cellule, carte des vins classés en péchés capitaux. Seuls les produits de toilette sont hors contexte : l’emballage porte l’habituel blabla sur la santé et la relaxation. Un savon à clous, un bonnet de douche à cornes et une lotion pour le corps à l’acide sulfurique auraient été de mise, non ? (Voilà pourquoi on ne m’engage pas comme décorateur.)

Nous devons songer à notre salut ; nous optons, non pas pour les bonnes œuvres, mais pour une cuisine délicieuse et des hôtels à l’avenant, sur la côte amalfitaine. Dix jours à passer d’une ville à l’autre, à aller de béatitude en béatitude, devraient suffire à nettoyer nos âmes. Après une nuit en enfer, nous prenons le train pour Naples, dont la réputation sulfureuse (laquelle n’a rien à voir avec mes fantasmes de décoration) remonte à 1884 ; l’épidémie de choléra et le déclin qui en a résulté ont terni le renom de la ville comme destination touristique.

À Naples, nous arrivons au Grand Hotel Parker’s, un établissement datant des années 1870, fondé lui aussi sur le péché. Dans les années 1880, le riche biologiste George Parker Bidder y descendait régulièrement. Un matin de 1889, il s’est fait réveiller par l’huissier qui frappait à la porte de sa chambre, afin de l’avertir que l’hôtel était saisi pour couvrir les dettes de jeu du propriétaire. Parker – sans même sortir du lit – a simplement répondu d’ajouter l’hôtel à sa note.

Aujourd’hui, Naples cache bien son côté sinistre. La ville est très hospitalière et les vues de la baie depuis notre hôtel sont franchement époustouflantes. Bien sûr, au sud de la baie sommeille le Vésuve, l’un des cônes de pierre les plus irascibles du monde. (D’ailleurs, une excursion à Pompéi s’impose, ne serait-ce que pour donner une touche morbide à vos vacances : ce fut jadis un centre de villégiature apprécié – avant que la lave s’en mêle.)

Les guides de voyage que nous avions lus nous avaient préparés au pire : nous allions être poignardés par des proxénètes, dévalisés par des voleurs à la tire, brutalisés par les habitants et dégoûtés par la saleté. Mais non, on nous recommande plutôt de tenir fermement nos appareils photo, et une vieille dame nous fait signe d’éviter une ruelle où on consomme de la drogue. Naples n’est pas une ville inquiétante ; personne n’est désagréable, ni violent. D’ailleurs, les Napolitains ne sont-ils pas reconnus pour leur bonne humeur ?

Très peu de visiteurs le savent, mais depuis quelques années l’administration municipale a procédé à une discrète transplantation cardiaque : Naples est au cœur de la culture italienne contemporaine. Ce qui ne veut pas dire que les pickpockets sont partis – ce n’est pas Times Square –, mais parmi les criminels turbulents se glissent maintenant des auteurs dramatiques et des quatuors à corde.

Toutes les églises semblent associées à un miracle. Les places sont peuplées d’étudiants bohèmes. (Bologne est généralement considérée comme le berceau des universités, mais la faculté de droit de Naples est encore plus ancienne.) De chaque côté des rues étroites du quartier historique, des bâtiments semblent vouloir s’abandonner aux lois de la physique ; de partout surgissent des vélomoteurs dangereux et des enfants inconscients.

La cuisine napolitaine mérite qu’on en dise un mot ou deux. En fait, un seul suffit : mollusques. Chez Da Cicciotto, un restaurant dans une grotte située sur le bord de la baie, l’antipasto est servi d’office (pas de choix à faire). Nous comptons deux plats de calmars, deux préparations de poulpes et un être non identifié qui loge habituellement dans une simple coquille. J’adore les calmars et autres bêtes du genre, aussi ce buffet de fruits de mer me convient-il. Jusqu’à la réputée pizza napolitaine qui célèbre le culte du mollusque.

La ville a aussi un lien avec Hadès, mais sur le plan de la topographie. Naples est construite sur un réseau souterrain de citernes et de passages réalisé par les Grecs et perfectionné par les Romains. Un escalier à vis vous amène 40 mètres plus bas et vous fait reculer de 1 000 ans. Plus récemment, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, la ville souterraine a abrité 4 000 Napolitains, dont les graffitis couvrent les murs : caricatures d’Hitler et de Mussolini, dessins de pin-up américaines en jupettes, la cigarette à la bouche, inscription sur une tablette de pierre indiquant qu’elle a servi de couche nuptiale.

1   |   2   |    3   |   OCT 03
 


© 2004 enRoute est publié mensuellement par Spafax Canada In. Tous droits réservés. ENGLISH