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LES 24 HEURES DE JOSEPHINE
Un Jéroboam de billecart-salmon pour la 3512 ? Une Razzia chez Barney’s aux aurores ? Deux places pour le match des yankees ? Rien n’est impossible pour la chef concierge du Four seasons New York.

Texte : MANON CHEVALIER

1   |   2   |   OCT 03

7 H 30 Une journée comme les autres. Josephine Danielson, chef concierge au Four Seasons à New York, pousse la porte de l’hôtel. Peu importe si elle a fait une tournée en limo la veille, avec son équipe de concierges, pour repérer les restos, les bars et les lieux branchés. Peu importe si elle est rentrée tard chez elle avec le Filofax rempli de cartes professionnelles des bonzes de l’entertainment de la Big Apple et un léger mal de bloc, rien n’y paraît ce matin. Le pas allègre dans son tailleur noir, piqué de la broche des deux clefs d’or entrelacées (symbole universel de la profession de concierge), Josephine salue tout le monde. « Ici, me lance-t-elle, c’est comme à Hollywood. C’est showtime ! »

8 H 00 « Bonjour tout le monde ! Quelque chose de spécial, ce matin ? » interroge Josephine à la cantonade en arrivant au « concierge desk » doté d’une vue imprenable sur le hall principal de l’hôtel. Monumental et conçu par l’architecte américain I. M. Pei, le hall en impose avec ses plafonds d’onyx, ses colonnes en pierre de chaux, ses murs de bois blond et son sol en marbre ivoire. Son design postmoderne épuré amène le personnel à redoubler de gentillesse, histoire de « compenser la majesté des lieux », concède Josephine en s’éclipsant pour l’« early briefing ». On y procédera à la revue de la journée : invités de marque, événements spéciaux, demandes imprévues… Déjà au poste, Kenneth Abisror, le chef concierge adjoint de Josephine, remet à un client un itinéraire pour une promenade dans Central Park avec Zouzou, un chihuahua fringué comme une rock-star.

9 H 15 À son retour au comptoir de la conciergerie, c’est la frénésie. Les demandes de réservations de limousines fusent (on en réserve plus de 100 par jour), tandis que les requins de la finance sont prêts à tout pour qu’on leur obtienne une table (chez L’Impero ou chez Craft) pour le lunch. Et que dire du couple d’Australiens qui implore un des trois concierges de lui dénicher une paire de billets pour voir, le soir même, Hairspray, le succès de l’heure sur Broadway ? Mission accomplie ? « La plupart du temps, on a nos petits secrets », répond Josephine. Et des relations. Et les moyens d’une clientèle prête à payer jusqu’à 3 000 $US pour séjourner une nuit dans une suite.

11 H 00 Josephine rigole alors qu’elle distribue à son équipe de concierges et de grooms des pellicules fondantes Listerine. C’est que rien ne lui échappe. « God is in the details ! » se plaît-elle à rappeler. « Mes parents espagnols m’ont élevée comme ça. Apprendre à ne rien laisser au hasard. À être à l’écoute. Et, surtout, à traiter les gens amicalement… Excusez-moi », s’interrompt-elle. « Bonjour monsieur. Que puis-je faire pour vous ? » dit-elle à un jeune client japonais, siglé Vuitton. Fébrile, il lui chuchote : « Euh… Ma fiancée est chez Saks. Elle ne se doute de rien. Et moi, je veux la demander en mariage. Dans une calèche. Pouvez-vous faire ce qu’il faut ? Je voudrais des fleurs blanches, des couvertures en fourrure et le CD de Céline Dion avec la chanson du Titanic ». « C’est comme si c’était fait, cher monsieur. Aimeriez-vous aussi avoir la version instrumentale de la chanson ? »

11 H 30 Une dame d’un âge respectable est au bord de la crise de nerfs, car elle désespère de recevoir un colis. « Mais enfin, faites quelque chose ! » s’égosille-t-elle. Josephine désamorce la situation avec doigté et la cliente repart rassurée. « On apprend vite à ne pas tourner les coups d’éclat des clients contre soi. Sinon, on ne dure pas », laisse-t-elle tomber. À peine 1,60 m, l’œil vif, Josephine en impose. Elle sait tout sur tout et sur tout le monde. Je parie même qu’elle a sauvé des couples de la catastrophe. Et des carrières aussi.


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