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FIGURES DE STYLE  (p. 2)

1   |   2   |   OCT 03

Cette campagne illustre l’art du styliste, qui est de créer un état d’âme et une attitude qui provoquent le désir, même pour des vêtements ordinaires. « Récemment, les collections ont été plus uniformes et faciles à porter, soutient Roitfeld, ce qui renforce notre rôle parce que nous insufflons au vêtement un plus, une personnalité. » Katja Rahlwes l’affirme : « Le stylisme est basé sur ce que je ne vois pas… »

Rahlwes a travaillé pour Purple, Dazed & Confused et le regretté Dutch, des magazines de mode expérimentaux, qui, depuis 10 ans, ont ouvert leurs pages aux stylistes. Les images sont parfois grossières, laides même, mais elles sont toujours frappantes. Le travail des stylistes était de faire connaître ces magazines à tous. Et l’influence a suivi.

Selon Karina Jeffries, les stylistes ont préséance sur la mode. « Ce sont les photographes et les stylistes qui ont les idées, et ils choisissent les vêtements en fonction de ces concepts. » Comme Roitfeld le rappelle : « Auparavant, les stylistes ne montraient que le travail d’un créateur, mais nous avons aussi quelque chose à dire. »

Michelle Lowe-Holder, créatrice de mode originaire du Canada et installée à Londres, le résume plus brutalement : « Les stylistes ont plus de pouvoir que les créateurs », lance-t-elle, en expliquant qu’une bonne styliste peut influer sur la crédibilité d’un designer – et les possibilités de faire photographier et exposer les œuvres de ce dernier. « C’est extrêmement important pour nous de faire photographier nos créations, parce que sinon l’industrie perd confiance. Ça touche aussi les commandites. Ça peut nous affecter profondément. » La Canadienne Annie Horth, qui travaillait avec Céline Dion, affirme que les designers intelligents, qui arrivent à surmonter leur ego et à faire appel à un styliste, donnent une autre perspective à leurs collections : « Le rôle du styliste est de revoir une collection et de livrer un message clair et précis. »

Quand les créateurs ont commencé à travailler avec des stylistes, les stars ont fait de même. Soudain, les stylistes devenaient les intermédiaires entre la presse, les vedettes et la mode. La Londonienne Anna Bingemann a créé le style de Tom Cruise dans Vanilla Sky et travaille avec des actrices comme Nicole Kidman et Naomi Watts. Elle joue à la fois de l’influence d’Hollywood et du pouvoir de la presse. « Le pouvoir est donné aux stylistes dans la mesure où le designer a besoin de nous solliciter à cause de notre clientèle », explique-t-elle, ajoutant qu’il faut souvent renvoyer l’ascenseur (bien qu’elle affirme ne pas entrer dans ce jeu-là). L’industrie de la mode est une affaire de gros sous ; la meilleure forme de publicité, pour un créateur, c’est quand une vedette porte ses vêtements.

L’amalgame de la presse et de l’industrie de la mode est un phénomène nouveau. « Il y a eu cette fusion entre le monde de la rédaction et celui de la confection », croit Goldstein, qui rappelle que le défunt Gianni Versace a été le premier à réunir les mannequins de magazine et de défilé dans ses présentations. « Auparavant, les deux mondes étaient éloignés l’un de l’autre. » Les stylistes – à cause de leur polyvalence et de leurs habiletés diverses – ont joué un rôle important dans ce rapprochement.

Les stylistes sont aujourd’hui considérés comme des artistes. Les meilleurs créent à partir des objets les plus disparates et font aussi des collages. Quelle est la différence entre une styliste et une « véritable » artiste comme Vanessa Beecroft, qui imagine des performances avec des femmes peu vêtues portant perruques et bottes Helmut Lang ? Carol Beadle est émue au souvenir d’un clip qu’elle a conçu pour Meatloaf. Elle avait créé des costumes dont l’un était très compliqué : c’était une robe victorienne avec superposition de jupes à crinolines, corsage à retailles de dentelle ancienne en saillie et léotards à sequins ; le tout bougeait « comme une méduse dans l’eau ». Qu’est-ce, sinon de l’art ?

Lori Goldstein se souvient d’avoir récemment, quand elle travaillait avec le photographe Steven Meisel pour le Vogue Italia, éprouvé une sensation transcendante qui rappelait la création d’œuvres d’art. « J’avais l’impression que chaque prise de vue avait une vie propre. Je ressentais la même chose qu’un peintre… Comme si dans chaque prise je créais un petit tableau. » À l’instar de toute amatrice de mode qui rêve devant les photos terminées, Goldstein exulte : « C’était magique ! » [ ]


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