ENROUTE TV
  ENROUTE FM
  MEDIA KIT
  AIR CANADA
  LIENS

  DIRECTIVES
  AUX AUTEURS



  


FIGURES DE STYLE
Les stylistes déterminent ce que vous portez et comment vous le portez. Gros plan sur ces pros de l’image.

Texte : CLARA YOUNG

1   |   2   |   OCT 03

La télé diffuse un clip. Des musiciens affublés de masques à gaz jouent et chantent, debout dans la neige noire. Ils sont cachés sous des chapeaux crochetés et des couches d’un lainage islandais vaguement inspiré de Balenciaga.

Le clip est accrocheur, mais son succès n’est pas attribuable qu’à la chanson, Vaka, ou au groupe, Sigur Rós, ou à la réalisatrice, Floria Sigismondi. La styliste canadienne Carol Beadle y est aussi pour beaucoup. C’est elle qui a créé le look du groupe. Installée à Los Angeles, Beadle fait ses débuts avec Marilyn Manson en 1994 et travaille aux clips des David Bowie, Sarah McLachlan, Sheryl Crow et autres Melissa Auf der Maur. C’est grâce à des gens comme elle et son compatriote Todd Lynn (créateur, entre autres, du style de Bono dans la tournée Elevation de U2) que les chanteurs rock en t-shirts déchirés et pantalons de cuir sont dépassés.

« Il y a une différence entre imaginer un costume pour quelqu’un et simplement l’habiller, affirme Beadle. Certains inventent une histoire et en font quelque chose d’artistique. Ils mélangent le tout, ajoutent de nouveaux créateurs et des ingrédients qu’ils ont réalisés eux-mêmes. » Après des décennies de vedettariat, les créateurs, mannequins et photographes cèdent la place aux superstylistes, les nouveaux mandarins de la mode.

Les stylistes font un travail difficile à expliquer, combinant divers éléments : ils sont conteurs, spécialistes du marketing, muses, acheteurs et agents. Ils créent quand ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, se tiennent à l’affût d’idées et de talents originaux, et gardent un œil sur ce que portent les stars. « Demandez aux parents de stylistes de décrire le travail de leur fils ou de leur fille, et je vous assure qu’aucun n’y arrive », remarque en riant la styliste Karina Jeffries, du magazine *Surface.

Jusqu’à récemment, presque personne n’avait entendu parler des stylistes, à part les journalistes mondains ou les lecteurs du Vogue américain. Mais ces arbitres du bon goût impriment déjà leur marque sur les défilés, magazines, publicités et vedettes. La styliste de Sex and the City, Patricia Field, produit sa propre gamme de vêtements, House of Field. C’est la rédactrice en chef du Vogue Paris, Carine Roitfeld, qui avait concocté le style de Gucci à l’arrivée du créateur Tom Ford. La styliste britannique Katie Grand, qui a imaginé la nouvelle image de marque de Bottega Veneta, la maroquinerie italienne de luxe, est maintenant rédactrice du magazine de mode POP et directrice artistique du mythique magazine londonien The Face.

Mais depuis quand ces travailleurs de l’ombre, qui se contentaient de faire les achats et de recoller les bords dans les séances de photos, sont-ils devenus si puissants ? « Il y a 10 ans, les stylistes étaient au service du photographe », rappelle Roitfeld. « Personne ne connaissait leurs noms. Aujourd’hui, certains sont aussi réputés que les photographes. »

Ceux-ci, et la légion de stylistes qui n’ont pas acquis le statut de vedette, peuvent soutenir ou détruire la carrière d’un créateur débutant. Ils peuvent faire mousser les ventes de vêtements en les faisant porter par une star ou en les présentant dans un magazine, un film ou un vidéoclip. (Ainsi, Arianne Phillips, styliste de Madonna, qui a fait revêtir à la chanteuse une robe gothique noire pour la cérémonie des VH1 Awards en 1998 a, du coup, propulsé le jeune créateur belge Olivier Theyskens au devant de la scène.) Ils orchestrent aussi des campagnes de publicité qui créent des images de marque instantanées et inoubliables.

Les stylistes parlent de « raconter une histoire » avec les vêtements : la campagne de publicité pour Versace lancée il y a quelques années et inspirée de La Vallée des poupées en est un exemple. Le look était une idée de Lori Goldstein, ancienne styliste pour l’influent Vogue Italia. « J’avais 11 ans quand j’ai lu La Vallée des poupées », raconte Goldstein. Ça convenait parfaitement à Versace ! »


1   |   2   |   OCT 03
 


© 2004 enRoute est publié mensuellement par Spafax Canada In. Tous droits réservés. ENGLISH