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Et ça ne décolère pas. « Je pensais qu’avec le temps les choses se tasseraient, que je pourrais revenir à mes travaux de recherche. Car j’ai toujours considéré tout ça comme un à-côté, pour m’amuser. »

La traduction anglaise de son livre a suscité une controverse encore plus âpre. La réponse officielle de Greenpeace, « Ten Pinches of Salt », accusait Lomborg de fautes graves, comme de prendre des auteurs de science-fiction comme sources ou d’avoir délibérément omis, dans son chapitre sur la gestion des déchets, les déchets toxiques, dangereux, industriels, agricoles et radioactifs.

« Bien sûr, Lomborg est libre de prendre part au débat, estime Stewart, de Greenpeace. Nous vivons dans un pays où les gens ne se font pas museler. Mais son argumentation est tordue. Quand 2500 scientifiques sérieux disent qu’un changement climatique se produit, pourquoi faudrait-il écouter un prof de statistique qui dit que c’est faux ? »

Lomborg n’a qu’un argument pour se défendre : personne n’a encore réussi à démontrer de manière convaincante qu’il a tort. Un livre entier a été publié au Danemark pour réfuter le sien. « Tout le monde avait l’air de penser que quelqu’un devrait écrire un livre pour dire que j’ai tort, mais personne ne voulait être ce quelqu’un, dit-il, alors ils ont rassemblé des chapitres pêle-mêle. Ce sont manifestement des fonds de tiroir auxquels on a ajouté quelques lignes ici et là pour parler de mon livre. »

« Les avocats ont coutume de dire que si la cause est défendable, il faut marteler ses arguments, dit Lomborg, et quand la cause est indéfendable, il faut marteler la table. Or, pour le moment, je les vois surtout donner des coups de poing sur la table. Ils disent que je n’ai pas la formation nécessaire pour tirer mes conclusions. Moi je dis : montrez-moi que mes conclusions sont fausses. Et ils ne semblent pas pouvoir le faire. »

Les verts craignent que le livre de Lomborg ne serve à justifier des décisions politiques qui placeront le pétrole devant la protection de l’environnement. Lomborg réplique : « Quand on commence à dissimuler des pans de vérité de crainte que d’autres s’en servent, on renonce à la rigueur scientifique et on devient un politicien. Je fais assez confiance à la démocratie pour dire la vérité au meilleur de ma connaissance. »

Personne ne cède et les deux camps s’attaquent mutuellement à coups de statistiques. À la fin du repas, Lomborg reconnaît que son livre ne changera pas grand-chose : « Les gens diront : il n’avait pas tout à fait raison, mais il a eu de bonnes idées. » Il espère surtout provoquer assez de scepticisme pour amener les gens à faire ce qu’il a fait lui-même : observer les statistiques et réfléchir. C’est le seul moyen de dire qui a raison.

Nous quittons la cafétéria dans un Copenhague baigné de soleil. Le ciel est d’un beau bleu pâle, libre de toute pollution. Sur la place Kultorvet, deux militants de Greenpeace abordent des passants. « Oui, je connais Bjørn Lomborg, dit Tommy, qui porte les couleurs de Greenpeace. Nous, on ne l’aime pas beaucoup. Bien des gens ont une opinion à son sujet, mais je ne suis pas sûr qu’ils ont tous lu son livre. »

 


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