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L'ESPION QUI VIENT DU FROID
Texte: GRAHAM YOST
L’agent 007 n’a jamais eu le Canada dans sa mire ?
Qu’à cela ne tienne, le scénariste de la superproduction clanches ! et de la série télévisée Boomtown propose à un producteur d’Hollywood des super-héros canadiens explosifs.
À : Mark Gordon
De : Graham Yost
Objet : Brand, Jacques Brand
Imagine ceci :
OUVERTURE EN FONDU
Ext. Poste d’observation des chutes du Niagara au crépuscule
Penché sur le garde-fou, BRAND regarde en bas avec des jumelles ; il observe le Maid of the Mist, qui saute les rapides au pied des chutes.
Il pressent un mouvement derrière lui et se retourne d’instinct, tel un lynx.
Son ATTAQUANT (manteau de cuir, masque de ski) est armé d’un Glock muni d’un silencieux ; il tire.
La première balle atteint Brand à l’épaule avec la force d’un lancer frappé de Brett Hull.
Sachant que la deuxième balle se logera dans sa tête, Brand s’empare de son assaillant et le tire vers lui en repoussant son bras.
Ça, c’est la bonne nouvelle.
La mauvaise : ils basculent ensemble par-dessus le garde-fou et tombent dans un tourbillon d’embruns.
Brand hurle en tombant.
BRAND
Qui êtes-vous ?
N’obtenant pas de réponse, Brand arrache le masque de l’homme.
Brand sursaute.
Le masque ne dissimulait pas un dur à cuire, mais l’une des plus belles femmes que Brand ait jamais vues, et il en a vu des tas...
Je sais ce que tu penses : « Ouais, pas mal, mais pourquoi Graham m’envoie-t-il ce truc ? Qui est Brand ? À quoi rime tout ça ? »
Comme tu le sais (ou comme tu devrais le savoir, puisque ta femme est canadienne), le Grand Nord a été boudé par les cinéastes de films d’espionnage. Le fameux espion britannique (ce double zéro que je ne nommerai pas) sera sur nos écrans en novembre dans un nouveau film. (Le titre ? Je crois que c’est Meurs encore demain, comme si on n’en avait pas déjà assez.) Pourquoi cet espion amateur de martinis, de sacs Walther, de voitures Aston Martin et de costumes de Saville Row m’énerve-t-il autant ? On compte plus de 20 de ces films d’espionnage britanniques ; et sais-tu combien de fois le type est venu au Canada ? Jamais. (Je crois qu’on a tourné une cascade dans l’île de Baffin il y a quelques années, mais la scène se passait en Norvège.) Alors, qu’il aille au diable ! On n’en veut pas. On aura le nôtre, notre espion. Voici d’ailleurs quelques idées que je rumine pour la création d’un agent secret canadien.
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