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BLAGUE À PART
Texte: Andrew Pyper
DEUX PSYCHOLOGUES SE RENCONTRENT ET FONT L'AMOUR. L'UN dit à l'autre: «C'était bon pour toi. Comment c'était pour moi ?»
Que vous trouviez cette blague drôle ou non dépend du degré d'excitation de votre cortex préfrontal antérieur moyen. Comment je sais cela ? Un psychologue me l'a dit.
J'ai entraîné Vinod Goel, professeur au département de psychologie de l'université York, dans une boîte de Toronto afin qu'il m'explique ce qui se passe dans notre cerveau quand nous rions. C'est l'un des rares scientifiques au Canada à avoir exploré la science de l'humour (voir l'encadré).
L'«hilaromètre» ne bouge pas pour l'instant. L'humoriste qui arpente la scène est en train de faire un four complet. Il nous lance des blagues toutes plus usées les unes que les autres sur les repas infects dans les avions et sur les relations amoureuses, du genre: «Si vous avez une femme, vous avez certainement besoin d'une maîtresse. Vous ne partez jamais sans pneu de secours, n'est-ce pas ?»
Les scientifiques des universités et des instituts de recherche du Canada sont à l'avant-garde des recherches afin de découvrir comment le cerveau s'y prend pour traiter l'humour. (Pourquoi au Canada plutôt qu'ailleurs? Une autre série d'études est probablement en cours pour trouver la réponse.) Parmi eux, Herbert Lefcourt, de l'université de Waterloo, a démontré que l'humour peut avoir un effet positif sur la santé et accroître notre résistance aux maladies. Il semblerait également qu'un humour hostile et dénigrant (prisé d'habitude par les hommes au détriment des femmes) a moins d'effets positifs qu'un humour qui encourage les autres à rire du raconteur.
«Aucun élément de surprise», me chuchote Vinod Goel. Il a raison, bien sûr. Mon compagnon au visage d'ange, qui grignote bruyamment des nachos, ne fait pas référence à la soirée mais plutôt au processus neurologique qu'il étudie en tant que scientifique. L'objet de ses recherches: l'élément de surprise entre la partie cognitive («je comprends») et la partie génératrice d'émotion («c'est tordant !») de notre cerveau. Si la finale est dépourvue de surprise, alors on comprend la blague sans la trouver drôle. Ou, plus précisément, votre cortex préfrontal antérieur moyen n'est pas titillé.
«C'est cette partie du cerveau qui permet de penser à l'extérieur du cadre», explique le professeur. Sa grande découverte est que notre sens de l'humour n'est pas logé dans une partie précise du cerveau. Il s'agit plutôt d'une sorte de dialogue entre différentes zones, une découverte qui aura d'importantes répercussions sur les futures études du cerveau. À la lumière de cette révélation, plus question de considérer notre matière grise comme un ensemble de «départements» distants. Il faut plutôt la voir comme une équipe dont les membres très actifs travaillent ensemble à l'exécution de tâches complexes. «L'humour est la passerelle parfaite entre le rationnel et l'émotionnel», explique Vinod Goel. En d'autres termes, sa découverte ne démontre pas seulement que l'humour est une des activités les plus sophistiquées du cerveau humain, mais qu'il pourrait fort bien nous aider à résoudre des problèmes de façon plus créative et plus efficace.
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