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POUPÉES RUSSES
Texte: Mireille Silcott
Si la philosophie générale de l’emballage est de donner "de l’âme" aux produits, alors l’âme, ça m’emballe joliment: je suis accro aux belles boîtes, aux bouteilles bien faites, aux contenants inédits, aux machins réutilisables. On peut me vendre plusieurs fois la même chose, tant que l’emballage est chouette.
Cette fixation a commencé il y a des années, bien avant que les marques ordinaires fassent l’objet de "valorisation" et que les produits d’hygiène féminine commanditent des concerts rock. Ma mère était une adepte des coupons rabais, et la tablette de douche de mon adolescence était remplie d’horribles bouteilles aux tons beiges comme ceux des collants et de récipients douteux et tachés, qui laissaient des anneaux olympiques poisseux sur le bord de la baignoire. Ces monstres me mettaient à l’agonie et je passais plusieurs minutes à rêver à ma version adulte de ces modèles – rangées de contenants propres et élégants se profilant dans mon avenir.
Permettez-moi de vous présenter ma tablette de douche 2001. Elle attend ce gros plan depuis plus de 10 ans.
1 gel moussant au miel Perlier (bouteille à pompe en plastique en forme de ruche. Superbe.)
1 shampooing brillant Aveda (contenant transparent mince. Brillant.)
1 revitalisant léger Clinique (un monument de modernité, svelte et minimaliste. Génial.)
1 savon Roger et Gallet parfumé à la fougère, format baignoire. [1]
[1] Les savons occupent une place de choix dans l’armoire de salle de bain. En net contraste avec la mode actuelle des emballages écologiques minimalistes, non seulement ces savons sont-ils enveloppés individuellement dans du papier de soie délicatement plissé, mais ils sont aussi recouverts d’une boîte d’un carton incroyablement épais et luisant.
Je sais que le contenu de cet ensemble immaculé n’est pas nécessairement meilleur que celui des bouteilles dégoulinantes vendues en solde dans les pharmacies d’antan. Après tout, j’ai vu Fight Club et absorbé Naomi Klein. J’ai compris.
Et même si l’obsession du «style de vie» et la valorisation de la marque m’ont convaincue que la bouteille de shampooing qui trône au bord de ma baignoire vaut vraiment 26 $ – et que j’y ai cru –, ils n’expliquent pas ma dépendance aux emballages. JE RESSENS UN JOYEUX REMORDS QUE NE PEUT EXPLIQUER LE SEUL APPÉTIT DE CONSOMMATION LORSQUE MES ACCESSOIRES DE VOYAGE S’ENTASSENT EN UNE SÉQUENCE PARFAITE DANS MA TROUSSE SANS LA FAIRE BOMBER. Cet appétit n’explique pas non plus la satisfaction qui m’envahit quand chaque aliment se glisse dans le bon format de Baggies lorsque je prépare un lunch. Il doit quand même y avoir une raison plus solide que le classique "j’utilise-Aveda-donc-je-suis-cool/désirable/ou n’importe quoi d’autre". Ou alors, je ne suis qu’une bonne poire.
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