 |

RÉSEAU D’ALIMENTATION
Las de défiler dans les allées ? Alors, fiez-vous à votre cyberépicier pour remplir votre panier.
Texte : DON TAPSCOTT
Illustration: GREG WHITE
NOV '04
Petit train va loin, dit-on. Lentement mais sûrement, en Amérique du Nord, des épiceries s’établissent sur Internet et font des profits. Un nombre croissant de consommateurs se laissent convaincre qu’un clic de souris vaut mieux qu’un chariot bringuebalant dans les allées d’une épicerie quand il s’agit de se procurer du lait ou du savon.
Cela vous paraît-il familier ? À la fin des années 1990, les épiceries en ligne étaient censées connaître le succès et s’imposer sur un marché nord-américain de plus de 650 milliards de dollars. Webvan, par exemple, avait fait construire des centres de distribution à la fine pointe de la technologie ; les consommateurs n’ont pas suivi. L’entreprise a déclaré faillite en 2001, après avoir flambé plus de 1 milliard de dollars.
L’idée de faire ses courses en ligne n’était pourtant pas farfelue. Elle était simplement en avance sur son temps. Nous avons seulement dû nous familiariser avec un style de vie qui intègre Internet avant d’acheter nos tomates sur le Web.
Ma femme et moi sommes des adeptes de GroceryGateway.com, l’épicerie en ligne la plus connue au Canada. Loblaws se livre à un essai discret sous le nom d’egrocer.com à Mississauga. Au Québec, IGA est en ligne depuis quelque temps déjà. Sur l’île de Vancouver, Thrifty Foods offre depuis mars 2002 un service d’épicerie virtuelle dont les revenus croissent de plus de 10 % annuellement. Du côté des États-Unis, le joueur le plus important se nomme Peapod ; les géants traditionnels, tel Safeway, sont en train de développer leur présence sur la Toile.
Les détracteurs soutiennent que les cyberépiceries n’auront jamais la cote parce que les gens aiment bien faire leurs courses en personne. Pourtant, la plus grande partie de nos achats consiste en produits de base. Qui s’enthousiasme à l’idée d’acheter du détergent ? Les gens pressés abhorrent faire l’épicerie ; les gens âgés ou invalides trouvent la tâche peu pratique. Et qui n’a pas été irrité par les embouteillages de chariots, les files d’attente à la caisse et les cris d’enfants qui insistent pour avoir leur tablette de chocolat ? Je ne suis pas le seul à apprécier les avantages qu’il y a à faire ses achats en ligne, dont le moindre n’est pas de pouvoir personnaliser l’exercice.
Une fois tous les aliments enregistrés dans une base de données, les clients peuvent facilement interroger celle-ci selon leurs besoins particuliers. Vous suivez le régime Atkins ? Faites-vous présenter uniquement les produits à faible teneur en glucides. Bien sûr, les magasins d’alimentation traditionnels regroupent dans une même section les produits de cette catégorie, mais ce sont des produits préparés et chers. Vous n’y trouverez pas tous ces aliments naturellement sans glucides situés ailleurs dans le magasin, les asperges, par exemple. Lorsque Peapod.com a ajouté cette denrée à sa liste d’aliments pauvres en glucides, les ventes de ce légume se sont multipliées.
Des listes de produits faibles en gras, à haute teneur en fibres ou sans traces d’arachides sont tout aussi faciles à produire. Les clients soucieux de leur budget afficheront les soldes de la semaine ou les articles à prix réduit. La sélection se fait facilement et selon les besoins de chacun.
Comme pour leur contrepartie de brique et de béton, les épiceries virtuelles sont variées. Certaines proposent des produits haut de gamme à prix fort, mettant l’accent sur la qualité et l’économie de temps. D’autres offrent des produits semblables et à prix équivalent à ce qu’on trouve à l’épicerie traditionnelle et amortissent les coûts de livraison par l’absence de magasins à entretenir. Toutes s’efforcent de gagner la confiance du consommateur avec des garanties de remboursement et des promesses de fraîcheur.
Les épiceries en ligne profitent aujourd’hui de l’expérience accumulée et de nouveaux outils, notamment des logiciels de cartographie, pour planifier efficacement les livraisons. Ainsi, lorsqu’une livraison est prévue dans un quartier, un cybercommerce peut automatiquement encourager les gens du coin à passer une commande eux aussi, pour abaisser les coûts de transport.
À cause de l’actuelle effervescence des épiceries virtuelles, aux États-Unis surtout, le moment présent est propice à l’essai de ce type de service. De nombreuses entreprises font des offres avantageuses aux nouveaux clients. Mais faites plus qu’un seul essai avant de porter un jugement. Des recherches en marketing ont démontré que le goût pour les courses en ligne s’acquiert à l’usage et que les vieilles habitudes sont persistantes.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’abandonner l’épicerie traditionnelle pour la virtuelle. Ma famille ne fait pas tous ses achats en ligne. Nous continuons de passer chez le traiteur et dans d’autres boutiques pour certaines spécialités et pour nos fruits et légumes. Cependant, pour les articles de consommation courante, un clic suffit. [ ]
VOS COMMENTAIRES > dtapscott@enroutemag.net
NOV '04
|
|