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SAVEURS DU SUD
Texte: CHARLENE ROOKE
À Charleston, ville de la Caroline du sud réputée pour ses restaurants quatre étoiles et ses rues en pavés, j 'ai pris mon premier repas au Charleston Grill, un resto très coté qui a modernisé la cuisine low-country, cuisine traditionnelle de la région.
Mon compagnon, originaire du coin, me dit que c'est une cuisine qu'on ne décrit qu'en termes simples : portions généreuses, ingrédients humbles, réconfort, partage - et, avant tout, fruits de mer.
Vrai ! Et, en plus, l'assiette est superbe. Demi-tasse de bisque à la crevette et au homard en ouverture, mousse pralinée et crème brûlée à l'espresso servies dans une tulipe de chocolat blanc pour conclure, et, entre les deux, quelques amuse-bouche, une tempura de homard du Maine sur polenta blanche citronnée garnie de mini-tomates vertes en friture, et un délicieux filet de mérou accompagné de feuilles de collard.
Repue et heureuse, je traverse lentement le lobby de marbre du Charleston Place Hotel, puis je descends Meeting Street jusqu'à la rive.
The Battery, cette longue suite de propriétés magnifiques, antérieures à la guerre de Sécession, confirme ma première impression: Charleston est un bel équilibre d'opulence et d'authenticité historique, et peut plaire autant aux amateurs d'histoire qu'aux amoureux en quête de plaisirs artistiques et gastronomiques.
Mais la première impression n'est pas toujours la bonne.
Le lendemain, je me rends au Charleston Museum, en longeant Marion Square, où des artistes montent leurs kiosques pour le festival annuel de Spoleto.
Je m'attendais à trouver le musée dans un bel immeuble patrimonial ; il est logé dans une sorte de bunker brun.
Dehors, la réplique du H.L. Hunley, sous-marin de la guerre de Sécession, devrait attirer les curieux ; au contraire, le musée est presque vide.
Pourtant, on y trouve une riche collection d'argenterie… et de médailles de cuivre ayant servi à identifier les esclaves.
Même chose au Fort Sumter, là où la guerre civile a commencé. L'exposition gratuite est peu fréquentée, tandis que le South Carolina Aquarium, non loin, logé dans un immeuble moderne avec atrium à ciel ouvert, et le théâtre IMAX sont pleins. Dans King Street, la rue commerciale, les touristes délaissent les petites boutiques pour aller s'entasser chez Williams-Sonoma, Victoria's Secret et Saks Fifth Avenue. Les fausses façades à l'ancienne attirent plus que l'authentique…
Les menus low-country que je vois partout sont-ils du toc, eux aussi ? On y trouve beaucoup de foie gras, de chèvre et d'autres produits importés. Je suis venue à Charleston pour goûter la vraie cuisine low-country, mais je vois surtout une cuisine fusion très contemporaine. À l'exception de quelques plats régionaux, je pourrais manger la même chose dans n'importe quelle ville d'Amérique du Nord où l'on se soucie un peu de gastronomie.
En sirotant une bière Palmetto au comptoir de Hyman's, un bar à huîtres, je demande au barman pourquoi il y a des " pétoncles du Canada " au menu. Il hausse les épaules, plus intéressé par ses mots croisés que par l'authenticité de la cuisine. Entre deux huîtres, un client me répond : " Les gens ne se rendent pas compte à quel point les produits locaux sont excellents. " Tandis qu'il engouffre une demi-douzaine de mollusques, un crabe à carapace molle, une tasse de she-crab soup (faite avec les œufs d'un crabe femelle) et un pouding au pain tiède, il m'explique qu'il est originaire du Tennessee et travaille comme cuisinier en Californie ; il m'indique un restaurant, tout près, le Hominy Grill, où le jeune chef sert " une nourriture simple, savoureuse et bien apprêtée ".
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