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DESIGN À LA MODES
Texte: Clara Young
Ce soir, vous êtes invitée au vernissage d'une exposition d'art contemporain à la Fondazione Prada. Fraîchement douchée, vous appliquez quelques gouttes de sérum pour la peau Prada sur votre visage. Vous enfilez votre petite robe Prada achetée à la nouvelle boutique Prada, conçue par Herzog & de Meuron, vous enfilez vos escarpins Prada et vous vérifiez si votre portefeuille Prada est bien dans votre «sac-baguette» Prada. Enfin, vous prenez quelques minutes pour vous allonger sur votre canapé Prada avant que votre escorte arrive, toute vêtue de Prada, pour vous conduire à la soirée dans sa voiture Prada.
Rêve insensé d'une impénitente fashionista? Peut-être. Mais en plus des logos habituels sur les parfums, les lunettes, les lotions de beauté et les draps, les designers apposent maintenant leur griffe à des œuvres cinématographiques, d'art et d'architecture, à tout ce qui attire les gens branchés.
La plus récente victime de la mode? Le design. À preuve, cette année, le Salone di Mobile de Milan, un des salons internationaux d'ameublement les plus en vue, était sous l'emprise de la mode. Le créateur de mode danois Daniel Schou ayant déniché d'authentiques tissus des années 1960 du célèbre Werner Panton, autre créateur danois, il en a recouvert des répliques du fauteuil «Relaxer» de ce dernier.
De nos jours, la convergence des différents secteurs du design est une tendance très répandue. «Les grandes marques de la mode veulent se diversifier et développer leur image dans de nouveaux secteurs afin d'augmenter leur visibilité», explique l'architecte et designer Christian Biecher, concepteur de la remarquable boutique Joseph, rue Saint-Honoré à Paris, et des bureaux de Tokyo de la compagnie Issey Miyake. «Tout le monde vend la même chose. Pour se distinguer, il faut construire son propre univers, exprimer sa propre vision du monde.»
Tout comme le design, les arts visuels confèrent prestige et crédibilité à la mode. Cette année, Gucci a donc commandité l'exposition du sculpteur Richard Serra à la Biennale de Venise. Hugo Boss offre son appui à une compétition artistique annuelle, sous les auspices du musée Guggenheim de Soho. Giorgio Armani, qui vient de lancer sa ligne de meubles Casa Armani, expose les œuvres d'artistes tels que Loris Cecchini dans sa boutique de Milan. Pour l'aménagement de sa boutique de Paris, Mandarina Duck a fait appel à Droog, un groupe néerlandais de design. Dans la même veine, Vidal Sassoon vient de sortir une ligne d'appareils pour les soins des cheveux dessinés par Marc Newson, tandis que le créateur américain Isaac Mizrahi travaille à la création d'un espace public et de logements dans un édifice de Manhattan. Plus encore, la rumeur veut que Prada soit en train de développer une collection de meubles. Entre-temps, la maison de couture milanaise a réussi à s'attacher les services de l'architecte hermétique Rem Koolhaas pour la conception de ses boutiques aux Etats-Unis et comme consultant pour la marque Prada.
Lorsque la mode finance le design, ce dernier devient plus accessible. A-propos des séchoirs qu'il a dessinés pour Vidal Sassoon, Marc Newson précise: «Les gens croient que les créateurs sont élitistes. Pourtant, je voudrais que mes objets se retrouvent dans tous les foyers. Tout le monde peut se procurer cette sculpture pour à peine 20 $.» Bien sûr, il reste toujours des hordes de consommateurs bourrés d'argent, mais insensibles au design. Mais si, en recherchant les marques de qualité de la mode que sont le fameux triangle de Prada ou les deux C entrelacés de Chanel, ils peuvent être séduits par une bicyclette aux lignes harmonieuses ou un bungalow bien pensé, leur mode de magasinage pourrait leur ouvrir les yeux sur le monde du design. La mode pourrait donc nous amener à soutenir la cause d'un design de qualité.
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