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LE FABULEUX DESTIN DE MOLLY

Texte: Sarah Hampson

Molly Parker roule sur Sunset Boulevard dans sa vieille Chevrolet ultramarine louée. Les panneaux publicitaires hurlent. Les hélicoptères fendent le ciel. La circulation se fait de plus en plus dense. Pas de climatisation dans la voiture, et dehors c'est humide et il fait 30 °C.

Mais Molly Parker est sereine. Elle et son copain, le cinéaste montréalais Matt Bissonnette, vivent à Los Angeles depuis le printemps dernier. Molly aurait voulu apporter sa vieille Toyota familiale, mais on ne lui a pas permis: absence de coussins gonflables. Alors ils ont loué quelque chose en attendant de voir quoi acheter. Je lance «Une décapotable?» en voyant dans ma tête l'image classique de la starlette. «Oh, non!», répond Molly, en faisant la moue.

Molly Parker a 28 ans et ne fait pas du tout Hollywood. Elle a mis du temps à décider de s'installer ici, même si un tas de gens l'ont encouragée à le faire. «Ça me paraissait tellement gros», explique-t-elle. Après avoir tenu un premier rôle - une nécrophile dans le film Kissed réalisé en 1996 par Lynne Stopkewich, de Vancouver, elle a eu la chance inouïe d'être recrutée par l'agence William Morris de Hollywood. Malgré tout, elle ne semble pas entrevoir fébrilement la gloire qui se profile à l'horizon.

Il n'y a rien de la starlette chez elle. Pas de petit rire narcissique, pas de conversation éblouissante: ce n'est pas son genre. Molly Parker est insaisissable et mystérieuse. Visage long et d'une autre époque, tel celui d'un personnage de Jane Austen. Chemisette de coton blanc à bretelles spaghetti et pantalon capri à motifs colorés. Les bras croisés sur le volant, la jambe gauche repliée, le pied nu posé sur le siège. Elle avance dans la chaleur et la circulation et affronte Los Angeles avec la grâce sereine d'une nageuse solitaire au petit matin.

Ses rôles à l'écran ajoutent aussi à l'aura de mystère qui l'entoure. Elle s'est fait un nom en interprétant des personnages complexes et un peu excentriques -la nécrophile de Kissed, une employée de motel qui couche avec les clients dans Suspicious River (aussi de Stopkewich), et une effeuilleuse dans The Center of the World, de Wayne Wang, un film que le National Post avait surnommé «le monde porno de Molly Parker». Elle a aussi été la compagne de Ralph Fiennes dans Sunshine, l'épopée d'une famille hongroise, et a participé à diverses séries télé, dont Twitch City sur les ondes de CBC.

Cet hiver, on la verra dans quatre nouveaux films qui permettront de mieux apprécier l'ampleur de son registre… et ajouteront à son mystère. Elle sera une femme souffrant de la polio dans The War Bride; une architecte dans Last Wedding, de Bruce Sweeney, une comédie noire sur les rapports humains; une mère célibataire alcoolique dans Men With Brooms, de Paul Gross; l'objet du désir de William Hurt, atteint du démon du midi, dans Rare Birds, une comédie de Sturla Gunnarsson.

Les réalisateurs l'aiment pour son côté énigmatique. «Il y a des profondeurs abyssales chez elle. On a l'impression de la connaître, mais sans arriver à la saisir vraiment. C'est très paradoxal», dit Paul Gross. «Son jeu est absolument transparent», explique Gunnarsson. Murray Gibson, son gérant depuis le début, l'a découverte quand elle avait à peine 16 ans. Elle habitait une petite ville, près de Vancouver et venait de quitter l'école secondaire. Elle avait les cheveux bleus. «Il y avait une réelle maturité chez elle. C'est une vieille âme», dit Gibson. À Los Angeles, elle a rencontré Martin Scorsese et Francis Ford Coppola, mais pour l'instant, il n'y a aucun projet en vue avec les célèbres réalisateurs.

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