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RETOUR À LA NATURE

En matière de technologie, on a encore beaucoup à apprendre de notre environnement.

Texte : DON TAPSCOTT


MAR


Dans mon jardin, l’été dernier, frustré de ne rien voir sur mon portable à cause du soleil, j’ai repensé à Henry David Thoreau, dont le chef-d’œuvre, Walden ou La vie dans les bois, célèbre la sagesse de la nature.

Mon ordinateur m’a fait penser à Thoreau parce qu’une armée de chercheurs de partout au monde commencent à penser comme lui dans les laboratoires de recherche et développement. De brillants scientifiques, en quête de solutions à d’agaçants problèmes, commencent en effet à délaisser leurs ordinateurs pour jeter un coup d’œil dehors. Il était temps.

Ils ont compris que Dame Nature est une extraordinaire chimiste. La vie constitue un véritable laboratoire, ouvert il y a plus de 3,8 milliards d’années, et qui compte des millions d’expériences à son actif. En fait, il n’y a pas grand-chose que Dame Nature n’ait pas déjà essayé.

Cette nouvelle discipline consistant à observer les plantes et les animaux pour tenter de résoudre des problèmes quotidiens s’appelle « biomimétisme ». Ce terme (« biomimicry », en anglais) a été lancé par Janine M. Benyus, auteure de Biomimicry: Innovation Inspired by Nature, publié en 1997. Si Thoreau vivait encore aujourd’hui, il aurait probablement préfacé le livre de Mme Benyus.

L’auteure souligne que l’évolution naturelle, avec son approche par tâtonnement, a permis de créer quantité de structures et de matériaux extraordinaires. D’après elle, la majeure partie du temps et de l’énergie que nous perdons à tenter de mettre au point des solutions à nos problèmes serait utilisée de façon beaucoup plus productive si nous observions plutôt ce que la nature a accompli. En comparaison, beaucoup de nos efforts prétendument sophistiqués en recherche et développement en sont encore à l’âge de la pierre.

Mais revenons à mon jardin et à ma frustration. Les fabricants de portables et d’assistants numériques s’escriment depuis longtemps à créer des écrans lisibles en plein soleil. Pourtant, les paons ont déjà la solution. Ces oiseaux, bruns en réalité, utilisent une structure cristalline complexe pour produire l’arc-en-ciel de couleurs qu’ils arborent, et ce, sans électricité. Plus le soleil est brillant, plus leurs couleurs sont vives. Ce n’est que récemment que les fabricants d’ordinateurs ont pensé à reproduire ce procédé. Ils cherchent aussi d’autres idées du côté des papillons.

Les problèmes simples que la nature pourrait nous aider à résoudre ne manquent pas. Par exemple, on n’a pas encore trouvé comment coller deux objets mouillés. Pour les humains, les surfaces mouillées sont forcément glissantes. Ce n’est pas le cas chez les moules, qui s’accrochent fermement à des pierres ou à des coques de navire mouillées, souvent recouvertes de vase ou de saleté. Des scientifiques tentent donc de percer le secret de ces ingénieux mollusques ; quand ils l’auront trouvé, de nombreuses applications seront possibles, de nouvelles techniques chirurgicales à la fabrication de pièces d’ordinateurs moins chères et plus résistantes.

Les geckos, eux, sont capables de faire l’ascension d’un mur de verre. Pendant longtemps, on a cru que leurs pieds étaient couverts de petites ventouses ou d’une quelconque substance adhésive. Il y a trois ans, des biologistes ont découvert que ces lézards utilisent en fait les propriétés des liaisons intermoléculaires appelées « forces de Van der Waals ». Les pieds des geckos sont couverts de milliards de petits poils au centimètre carré, qui se lient à la surface avec laquelle ils entrent en contact. Cette découverte a permis de concevoir un prototype de ruban adhésif qui possède les mêmes propriétés. Il ne nous reste qu’à en imaginer les innombrables applications : la transformation de secouristes en hommes-araignées, ou encore la mise au point de nouvelles méthodes en construction.

Le potentiel du biomimétisme est considérable. Par exemple, au Québec, des chercheurs tentent de produire industriellement la soie qu’utilisent les araignées pour tisser leurs toiles, un matériau plus solide que tout ce que nous avons réussi à fabriquer à ce jour. Un fil d’araignée d’un centimètre d’épaisseur pourrait tirer un porte-avions : il y aurait un marché énorme pour ce matériau ! Des chercheurs ont donc introduit des gènes d’araignées dans les glandes mammaires de chèvres ; le lait de ces chèvres contient le matériau brut nécessaire pour fabriquer la soie magique. Le projet est cependant controversé : des défenseurs du biomimétisme, dont Janine Benyus, croient que la plus grande leçon que nous devrions tirer de notre environnement est l’humilité. Nous devrions respecter les voies de la nature, et non y semer la pagaille pour satisfaire nos besoins.

Thoreau serait sans doute d’accord. Chercher à fabriquer de nouveaux produits à partir de ce que fait la nature, c’est bien ; corrompre celle-ci pour y arriver est insensé. Sur une ligne du temps de 1 km de long, l’humanité n’occuperait que le dernier centimètre et demi. Et l’ère industrielle ne représenterait que quatre nanomètres (l’épaisseur d’une feuille de papier) ; pourtant, les ravages que nous avons accomplis durant cette infime période (épuisement des ressources, pollution et destruction de l’environnement) sont effarants.

La nature a résolu plusieurs des problèmes auxquels nous faisons aujourd’hui face. Le défi que doivent relever les chercheurs est de réussir à créer de nouveaux matériaux ou procédés sans mettre la planète et ses écosystèmes en péril. [ ]


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MAR

 


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