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DIANA KRALL : SCÈNES D'INTÉRIEUR (p. 3 de 3)
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Il y a dautres fantômes dans lunivers intime de Diana Krall. Poussons une dernière porte, et découvrons ses souvenirs denfance à Nanaimo, son goût den partir pour conquérir le monde mais aussi son désir de revenir enfin chez soi.
Ce nest pas pour rien quelle a choisi de reprendre une chanson de Joni Mitchell sur son nouveau disque. Ce sont les premiers albums où celle-ci expérimente avec le jazz, For the Roses, The Hissing of Summer Lawns et Hejira, qui ont incité Diana Krall à écrire avec honnêteté et candeur pour The Girl in the Other Room. « Je me suis mise à écouter ce quelle dit. En fait, elle parle du Canada », explique Krall, en ajoutant aussitôt quelle ne se comparerait jamais à Mitchell.
« Je pense que, tout à coup, jai compris, poursuit-elle, quand les gens disent que, pour écrire, il faut sinspirer de ce quon connaît. Mon album traite beaucoup du Canada. Il y avait des choses que je voulais trouver en partant dici, New York, la ville exotique et merveilleuse où tous les musiciens de jazz se trouvaient et où je voulais être moi aussi. Mais là, je suis revenue, jai perdu ma mère, jai acheté une maison ici et jai commencé à regarder autour de moi
», dit-elle, sans finir sa phrase.
Krall parle de lécriture de « Departure Bay », qui conclut lalbum et chante la nostalgie du pays laissé derrière soi. Departure Bay est lendroit doù part le traversier qui relie Nanaimo à la terre ferme. Krall a découvert pour la première fois la beauté des lieux familiers de son enfance, « comme les arbousiers, les remorqueurs et la route de Malahat, quil faut franchir pour aller de Nanaimo à Victoria et qui est toujours difficile
»
Elle rassemble ses émotions, puis lance quelques fragments encore : « Jai grandi à Departure Bay, cest là que mes parents se sont fiancés, et cest là que jai lancé mes premiers galets. Je détestais ça parce quil fallait toujours prendre le traversier et cétait vraiment embêtant. Une fois que je suis revenue métablir ici, tout ça, prendre un hydravion comme moyen de transport, par exemple, mest tout à coup apparu exotique. »
« Departure Bay », la chanson quelle peaufinait pendant que Costello travaillait sur le balcon, contient certains des sentiments les plus intimes de Diana Krall, directement liés au décès de sa mère. Quand, en novembre dernier, la chanteuse a reçu un doctorat honorifique en beaux-arts de lUniversité de Victoria (« Je navais pas vraiment limpression dy avoir droit, avoue-t-elle. Je voyais tous les étudiants défiler et javais le goût de dire : "Excusez-moi, je ne lai pas vraiment mérité comme vous." »), elle a accepté lhonneur parce que luniversité est lalma mater de sa mère. Elle a joué « Departure Bay », qui a ainsi été créée sur lîle de Vancouver. « Ça sest bien passé, soupire-t-elle avec soulagement, je me sentais bien, je pense que ça va aller quand je vais la jouer. »
Aucune pièce nest assez grande pour contenir les émotions que la chanteuse associe à Departure Bay, et notre visite doit donc sarrêter ici. Le dernier couplet offre la promesse de lendemains heureux, car Diana Krall a maintenant compris que la baie nest pas quun lieu doù lon part, mais aussi celui où lon revient chez soi :
Just get me there and one day well stay
Laissez-moi juste y revenir et un jour on y restera
The long time off and far away
Après une longue absence, un séjour au loin
Now were skipping stones and exchanging rings
On lance des galets, on séchange des anneaux
Were scattering and diving in
On accourt et puis on plonge dans
Departure Bay. [ ]
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