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DIANA KRALL : SCÈNES D'INTÉRIEUR   (p. 2 de 3)

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Ces deux-là ont commencé à se fréquenter avant la soirée des Grammy l’an dernier et se sont mariés en Angleterre, en décembre. Observons-les quelques secondes : deux enfants, follement épris, riant de plaisanteries d’initiés, avec le monde entier à leurs pieds. C’est seulement dans ces instants (ou sur scène, à son piano, perdue dans une improvisation) que Diana Krall se laisse aller.

Elle admet aujourd’hui en riant qu’elle ne connaissait pas tellement la musique de Costello avant de le rencontrer. « On me faisait des remontrances quand j’avouais ça. "Horreur ! Comment peut-elle ne pas tout connaître ?" Mais en fait, croit-elle, c’est ce qui m’a permis de découvrir l’être humain en lui. »

Bien sûr, elle apprécie aujourd’hui les talents de son nouveau mari. « C’est pas mal excitant d’écrire des chansons avec Elvis Costello. J’ai beaucoup appris de lui. J’ai l’impression d’avoir 16 ans et de tout reprendre à zéro ; quand je veux abandonner ("Non, j’en peux plus, chu plus capable, chu pas assez bonne !"), il me pousse : "Non, on continue, on va y arriver." C’est assez génial, non ? »

La porte suivante ouvre sur une pièce occupée par la musique de Costello. Son plus récent album, North, témoigne de sa rencontre avec Diana Krall et de sa découverte du Canada. « Give me the ice and snow… / Let me go north » (Donnez-moi la glace et la neige […] Laissez-moi aller au Nord), entend-on dans la chanson-titre. Elle lui rend la politesse dans The Girl in the Other Room, avec une reprise langoureuse et bien sentie d’« Almost Blue », que Costello a initialement écrite pour Chet Baker. La version de Krall, qui rend bien le climat d’attente amoureuse de la chanson, commence par une remarquable progression d’harmonies complexes, qu’elle a improvisée après s’être imprégnée des enregistrements d’Aaron Copland.

Retournons dans le couloir et ouvrons la grande porte de bois immédiatement à droite. Elle donne sur une taverne de University Place, à Greenwich Village. Quand Diana Krall est arrivée à New York, en 1990, l’endroit s’appelait Bradley’s, célèbre boîte de jazz où tous les grands musiciens venaient s’entendre jouer jusqu’aux petites heures. L’endroit, qui a ouvert ses portes en 1969, est pétri d’histoire : c’est là notamment que Thelonious Monk a donné son dernier spectacle.

Diana Krall avait du talent et le début d’un style personnel lorsqu’elle est débarquée, mais elle se cherchait encore une image et allait chez Bradley’s regarder ses prédécesseurs et voir un peu comment se comporter. Tandis que son professeur, Jimmy Rowles, ou le grand trompettiste Freddie Hubbard faisaient rapidement leur numéro pour ensuite aller au bar prendre un verre (puis un autre, et un autre encore), Krall se laissait imprégner du rythme et de l’atmosphère du lieu. Assise au bar, elle faisait des ronds de fumée en jouant les femmes fatales. (C’était l’époque où il était encore possible d’en griller une à New York.)

Bradley’s figure dans un air langoureux de The Girl in the Other Room intitulé ´Changed My Addressª. Krall est retournée au bar l’an dernier pour la première fois depuis qu’il a changé de main, à l’automne de 1996. Elle voulait montrer un peu de son passé à Costello. Aujourd’hui, l’endroit est un bar bruyant pour amateurs de sports, le Reservoir. « Il y a une table de billard là où était le piano, et un téléviseur qui donne les nouvelles du sport, mais à part ça tout est pareil, lance-t-elle dans un frisson. On est entrés, et paf ! tous les fantômes des grands musiciens d’hier étaient encore là. »

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