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STAR D'UN SOIR

Texte: HAL NIEDZVIECKI

Je l’admets_: je veux être une star. Et je ne suis pas le seul. Au fond de notre cerveau saturé d’images, nous avons tous vaguement l’idée que nous pourrions être célèbres un jour. La raison possible de cette célébrité semble compter de moins en moins. De nos jours, le divertissement de masse communique un seul et unique message : tu peux devenir une grande vedette toi aussi.

Et il semble que nous ne désirions que cela. L’augmentation du nombre d’imitateurs d’Elvis, l’inexplicable popularité d’émissions comme Loft Story, la surabondance de webcams et de journaux intimes sur Internet : il est clair que de plus en plus de gens sont prêts à tout pour joindre les rangs de ces célébrités dont le culte domine nos vies.

Peut-on nous blâmer ? L’histoire de la culture populaire raconte toujours NOTRE histoire. Les paroles des chansons nous le disent : « You’re a superstar, yes, that’s what you are ». Le cinéma complote pour répandre le mythe de la personne ordinaire qui, confrontée au mal, finit par l’emporter, alors que, dans sa chanson Video, la très jolie chanteuse soul India.Arie chante : « Je n’ai pas le corps d’une top-modèle/mais j’ai appris à m’aimer d’un amour inconditionnel ». En fait, elle exprime clairement le grand message de la culture populaire : oublie que tu es une personne ordinaire, écoute ton cœur, refuse de faire partie du système et sois le héros plus grand que nature que tu peux être.

Plus la célébrité semble accessible, plus nous nous laissons avaler par le grand bâillement du divertissement. Que de plans compliqués pour « inciter » les fans à participer à des sondages, à des groupes de discussion, à des jeux-questionnaires et à des événements de masse. De plus en plus, l’industrie du divertissement sait alimenter l’étincelle du désir de gloire qu’elle a implantée dans notre esprit. Elle nous donne juste ce qu’il faut pour entretenir la petite flamme qui couve en nous et vacille constamment entre la vie réelle et le délire de la culture pop.

Pour faire la démonstration de ce que j’avance, je me suis payé une visite à Orlando. Si New York, Los Angeles et peut-être même Toronto sont reconnues comme des centres de production culturelle, Orlando est l’endroit où la notion d’amusement atteint son paroxysme. Les hôtels thématiques et les ­gigantesques parcs d’attractions permettent à des membres de la classe moyenne de céder au délire orgiaque de moments de loisir préfabriqués.

Je loge au Hard Rock Hotel. Ici, la musique est partout. En créant à l’intention des vacanciers l’illusion qu’ils sont les hôtes d’un quelconque grand maître du rock, l’hôtel les submerge littéralement dans le rêve pop. Cet établissement, comme tant d’éléments de l’univers du divertissement dans lequel nous baignons, prêche l’immersion dans la gloire par la proximité immédiate des gens célèbres.

Après avoir fait le tour de la collection fétichiste de souvenirs provenant du monde de la musique populaire, je visite les deux parcs d’attractions thématiques adjacents : Universal Studios Florida et le nouveau Islands of Adventure, tous deux à quelques pas du palais du rock-and-roll. L’enthousiasme de mes collègues vacanciers vis-à-vis des attractions (et le prix exorbitant qu’ils acceptent de payer) semble indiquer qu’ils ne sont pas venus ici pour le soleil de la Floride, mais pour se laisser éblouir par la magie du divertissement.

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