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Rédactrice des pages de mode dès l’âge de 26 ans à la revue canadienne Flare, Fuller a perfectionné au fil des emplois son indispensable talent. À Manhattan, chez YM, ses aptitudes ont fait pas­ser le tirage de 700 000 à 1,75 million d’exemplaires. Elle a ensuite lancé l’édition américaine de Marie Claire, ce qui lui a valu d’occuper, en 1996, son poste le plus prestigieux : celui de la légendaire Helen Gurley Brown, qu’elle a délogée à la tête de Cosmopolitan. Elle y développe un contenu sexuel éhonté qu’elle transpose par la suite à Glamour. (En couverture : « Devenez plus orgasmique ! ») À Glamour, l’organe de surveillance journalistique Brill’s Content l’a critiquée vivement pour avoir fabriqué des citations et des anecdotes mais, puisque l’accusation visait une revue féminine, elle a été largement ignorée.

En mai 2001, l’ascension éclair de Fuller au faîte de l’édition tourne court lorsque Glamour la remercie de ses services pour avoir, a-t-on dit, usurpé ses pouvoirs dans le groupe Condé Nast, dont Vogue fait ­partie. « Tout le monde la boudait après son bide à Glamour », remarque Lisa Granatstein, rédactrice en chef de la revue Mediaweek. « Pourtant, elle est revenue en force. Bonnie, comme Cher, a d’innombrables incarnations. »

Ce mois-ci, Fuller fête son premier anniversaire à Us. Elle peut se flatter d’une augmentation de deux chiffres des ventes en kiosque, indicatrices de la vitalité d’une revue. Sa performance plaît à Wenner Media, l’éditeur de Rolling Stone et de Men’s Journal, et avec raison : à Us, en dépit d’une conjoncture économique difficile, les annonceurs et les lecteurs se bousculent au portillon.

Pourtant, les manchettes de Us ne sont pas sexy. « Us, c’est tout à fait autre chose », lance Fuller, depuis son spacieux bureau agrémenté de photos de ses quatre enfants. « Le lecteur ne cherche pas des solutions à ses problèmes personnels ; il veut se détendre et s’amuser. Notre contenu respecte leur état ­d’esprit. »

Fuller a fait de Us un parangon de la culture pop. On en a parlé à The West Wing et à Saturday Night Live. Les rédacteurs de Us témoignent de leur savoir-faire à la télévision, notamment la directrice des pages de mode Kelli Delaney, qui a vanté l’importance des seins dans un documentaire de la chaîne A&E intitulé Cleavage. Certes, nombre de critiques affirment que l’orientation de la revue contribue à l’abêtissement de la société américaine. Mais pour la première fois en 26 ans, on parle beaucoup de Us.

Graydon Carter a fait en sorte qu’on parle aussi de Vanity Fair. « Une revue doit s’inscrire dans l’ordre du jour social et intellectuel », affirme-t-il. Il ­minimise la place qu’il donne aux vedettes en couverture, affirmant que c’est seulement ainsi qu’il peut inciter les lecteurs à acheter sa revue et à découvrir le sérieux de son contenu. « J’ignore si la vie des stars intéresse les lecteurs, mais nous vendons chaque mois de 400 000 à 600 000 exemplaires en kiosque. C’est énorme pour une revue qui n’affiche pas en couverture ‘‘10 moyens pour atteindre de meilleurs orgasmes’’. »

« Contrairement à Bonnie, Graydon ne recherche pas un lectorat de masse », signale Lisa Granatstein, de Mediaweek. «Il veut une certaine classe de lecteurs, une élite puisée dans les médias, à Wall Street ou dans l’industrie du divertissement. Dans ces cercles, Vanity Fair est un must. »

Le bureau de coin de Carter, d’une élégance classique, au 22e étage du nouvel édifice Condé Nast, semble à des lieues de la culture populaire de 2003 : au mur, un poème de Dorothy Parker ; sur le bureau, une machine à écrire Olivetti. Sur la table à café, un appareil photo ancien Speed Graphic, le même qu’utilisaient les premiers paparazzi et dont Carter se sert pour prendre ses enfants en photo.

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