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L'OASIS AMÉRICAINE   (p. 2 de 3)

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Si le Biltmore est la grande dame de l’architecture hôtelière à Phoenix, notre deuxième hôtel, le Sanctuary à Camelback Mountain, est la starlette en pleine ascension. Ce premier hôtel-boutique (et spa) de Phoenix s’égraine à flanc de montagne en une série de maisonnettes de grand luxe offrant chacune une vue panoramique sur Paradise Valley. La designer Judith Testani voulait « éviter le décor typique du Sud-Ouest ». Elle a donc éliminé le turquoise et les faux cactus et opté plutôt pour une fusion de zen asiatique, de béton frais et nu et de look « mod » années 1960. (Un modèle semblable poussera peut-être bientôt près de chez vous, car la présidente d’Elizabeth Arden, impressionnée par ce décor apaisant et chic, a demandé à Testani de dessiner le prototype de ses futurs spas.)

Au Jade Bar du Sanctuary, le futuriste allié au décontracté crée une ambiance du tonnerre. Les sièges de cuir noir font chic tout en étant aussi moelleux que des fauteuils à bascule. Au bar, les clients, perchés sur des tabourets de cuir, ont les pieds appuyés contre des panneaux de plexiglas rétroéclairés. Jade sert le parfait sidecar (une rareté), et le classique plat d’arachides a été remplacé par une assiette d’edamames délicieusement enrobés de wasabi.

Les propos de Ron McCoy sur la difficulté de trouver certains des trésors contemporains de Phoenix se révèlent prémonitoires. Le lendemain, nous avons le sentiment d’errer dans un univers sans fin de maisonnettes de stuc pêche et d’adobe. Nous sommes au bord du désespoir quand enfin nous dénichons le Lux Coffeebar, flanqué de voisins hideux (dont un mont-de-piété et une laverie automatique). Le café, très coté, vaut le déplacement, comme en témoigne l’achalandage aux tables et les canapés de cuir blanc. C’est du grand chic, jusqu’au café en grains emballé dans des sacs à soluté, mais l’endroit est accueillant et chaleureux, contrairement à Pane Bianco, tout à côté, où la femme du patron, une sorte d’Ivana Trump acerbe, nous sert des sandwichs du marché avec une brusquerie toute new-yorkaise. Manifestement, les bonnes critiques ont fait enfler quelques têtes. L’hospitalité à Phoenix est généralement tout le contraire du traitement qu’on nous a réservé ici. L’urbanité doit-elle obligatoirement s’accompagner de rudesse  ? Souhaitons que non.

Le vieux quartier de Scottsdale n’a de vieux que le nom (la vieillesse est bien relative dans cette ville ; s’il s’agissait d’une personne, elle n’aurait pas droit aux rabais de l’âge d’or), mais c’est un autre îlot chic. En attendant une table au très populaire restaurant AZ 88, je demande si le nom de l’établissement lui vient de son adresse. Stacy, la barmaid, explique que le chiffre correspond à l’année d’ouverture. L’endroit a l’air flambant neuf. La grande salle aux murs tout blancs est bondée en ce lundi soir. Contrairement aux lieux bien fréquentés de Los Angeles, ici, il n’y a pas de snobisme. Il est vrai que le branché vêtu de noir et arborant les plus récentes tendances de la mode et de la coiffure est bien représenté, mais il y a aussi un couple de jeunes parents avec poupon dans son porte-bébé, un couple âgé discutant à voix basse et deux ados visiblement à leur première sortie en amoureux. Et tout ce beau monde semble parfaitement à l’aise.

Au hasard de nos promenades, j’avais ramassé une carte annonçant un spécial Martini & Manucure à Furio, la plus récente boîte de nuit de Scottsdale. Un martini et une manucure pour 10 $  ? C’est pour moi ! Des panneaux de faux suède séparent le restaurant du bar, des miroirs bulles le long du mur et des sièges recouverts de faux minou donnent à l’endroit une étrange ambiance rétro-sexy. Heureusement, les grands clichés de la cuisine du Sud-Ouest (dites : tamales) sont absents du menu italien moderne. Notre gentille petite serveuse, Amber, semble trop jeune pour boire les martinis qu’elle sert. Il me vient alors l’idée que la floraison de Phoenix tient peut-être à la forte présence de cette génération de jeunes arbitres de la mode et du cool. L’âge médian à Phoenix est de 32,9 ans, ce qui est inférieur à la médiane nationale, et qui explique que le blond y soit aussi populaire que le bleuté comme couleur capillaire. Phoenix a connu une phénoménale croissance de 44 % dans les années 1990, contre 13 % pour l’ensemble des États-Unis.

Il en résulte une grande effervescence dans le renouvellement architectural, mais, dans le maelström, Phoenix a un peu de mal à préciser son style et son identité propres. Ses chefs-d’œuvre architecturaux côtoient des quartiers entiers de maisonnettes de stuc et d’adobe qui poussent comme des champignons. Même l’architecte Will Bruder admet que ce style ne disparaîtra sans doute jamais, mais un chic nouveau voit le jour, inspiré du désert, marqué par l’utilisation audacieuse du verre, du cuir, de la fourrure et de la lumière, et annonce l’avènement d’un style original, encore dans le creuset.

L’éblouissant soleil du désert me réveille le lendemain matin. Je me remets péniblement de mes quatre manucures de la veille. Je sors sur le balcon admirer la vallée : Phoenix est en pleine évolution. Un nouveau style vernaculaire, venu du désert, s’enracine dans un milieu autrefois inhospitalier. Est-ce le signe d’une plus grande acceptation du désert  ? Ou d’une volonté de l’envoyer promener  ? Je ne suis pas sûre. On peut encore jouer au golf à Phoenix. Mais, pour goûter pleinement l’expérience actuelle, mieux vaut prévoir quelques tenues Prada noires et un exemplaire de L’architecture d’aujourd’hui. [ ]


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