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RETOUCHES NÉCESSAIRES

Nos ordinateurs sont de plus en plus rapides. Alors pourquoi les foutus claviers sont-ils conçus pour nous… ralentir ?

Texte : DON TAPSCOTT

JUIN '04


Devant mon rutilant PowerBook G4, avec ses 512 mégaoctets par-ci et ses 80 gigaoctets par-là, j’essaie de faire apparaître mes idées lumineuses sur un écran TFT dernier cri… à l’aide d’un clavier archaïque qui freine mon inspiration et qui de plus est totalement inconfortable. Paraphrasons Henri II d’Angleterre : qui diable me libérera de cette pénible technotorture ?

La première machine à écrire vraiment pratique, conçue en 1867 par l’Américain Christopher Sholes, était un fouillis de leviers et d’engrenages dont les prototypes bloquaient constamment. Sholes a donc chambardé la position des lettres sur le clavier pour mêler les gens. Ainsi, la machine est devenue plus fiable… puisque ses utilisateurs tapaient plus lentement !

Si l’on avait dit à Sholes que son invention embêterait encore les gens 130 ans plus tard, il aurait sûrement bien ri. Tout a évolué depuis son époque, sauf le fichu clavier QWERTY (du nom des six premières touches du clavier nord-américain). Cela signifie, par exemple, que la touche « e », qui correspond à la lettre la plus utilisée de l’alphabet, n’est pas sur la rangée la plus facile à atteindre pour qui tape à la machine. Aberrant, non ?

Pourtant, il existe un meilleur clavier, breveté par August Dvorak dans les années 1930. Ce professeur de l’Université de Washington a étudié la fréquence d’utilisation des lettres et a trouvé une disposition des touches qui réduit le nombre de mouvements nécessaires pour écrire, ce qui maximise l’efficacité. Malheureusement, ça n’a pas marché : peu d’entreprises voulaient d’une machine à écrire que personne ne savait utiliser, et peu de dactylos voulaient apprendre à se servir d’une machine qu’aucune entreprise ne possédait. L’œuf ou la poule, dites-vous ?

Il y a encore aujourd’hui des adeptes de ce clavier. Ce sont surtout des travailleurs du milieu médical ou juridique qui ne font qu’une chose : taper huit heures par jour. Taper beaucoup plus vite et avec moins d’effort, c’est génial, surtout quand on est payé au mot. Et, avec les ordinateurs, il est encore plus facile d’être un fan de Dvorak : Windows et Mac nous permettent de passer au clavier Dvorak en quelques clics.

Cependant, la disposition des lettres n’est qu’un des problèmes des claviers standard. Leur design en est un autre : c’est une source de stress au niveau du cou, des épaules, des bras et des poignets. Pour nous faciliter la vie, un clavier devrait ressembler à un accordéon : c’est ce qui permet la position la plus confortable pour les mains. L’inconvénient, c’est qu’on ne pourrait pas voir toutes les touches, et que la plupart des gens ne savent pas taper sans regarder les lettres. Ainsi, nos claviers nous obligent à avoir les mains à plat, ce qui à la longue entraîne toutes sortes de douleurs.

De plus en plus de gens souffrent de blessures dues à l’utilisation d’un clavier ; vous êtes même probablement du lot. Non seulement il est devenu nécessaire de taper à la machine dans un nombre toujours grandissant de domaines, mais les travailleurs employés à des tâches qui ont de tout temps impliqué l’utilisation d’un clavier doivent travailler de façon de plus en plus intensive. Il y a 30 ans, une dactylo s’arrêtait souvent de taper, pour mettre une feuille dans la machine à écrire, inscrire une adresse sur une enveloppe, classer des copies au papier carbone, changer le ruban ou faire des corrections. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : on tape sans arrêt. (Et la souris ne fait qu’accentuer le problème. Pour utiliser la plupart des modèles, il faut avoir la main en position horizontale, comme si l’on flattait un chien. La position la plus naturelle est pourtant celle où l’on tourne le poignet, comme lorsqu’on tient un cornet de crème glacée.)

La reconnaissance vocale n’est pas la solution. D’abord, elle ne règle pas le problème de la souris ; ensuite, elle n’est pas pratique partout. Il y a des situations (en avion, par exemple) où nul n’a envie d’entendre des dizaines de personnes parler en même temps à leur ordinateur… Pourtant, des solutions, il y en a. Sur www.ergocanada.com, par exemple, on trouve des claviers et des souris à l’allure farfelue… mais qui fonctionnent bien. Notamment, un clavier qui ressemble à deux petits bols à salade placés à 15 cm l’un de l’autre : un collègue rédacteur qui avait des douleurs intenses il y a quelques années m’a dit que cela avait sauvé sa carrière. Des souris au design novateur, comme l’Evoluent VerticalMouse et la Contour Perfit Mouse, procurent un soulagement immédiat à ceux qui passent des heures à faire du pointer-cliquer.

Mais personne ne semble vouloir montrer la voie à suivre dans ce domaine. Les autorités scolaires n’ont pas l’argent nécessaire. Les portables se prêtent mal à des changements de design. Les fabricants d’ordinateurs refusent de reconnaître que leurs produits sont sources de douleurs pour les utilisateurs. Et les travailleurs autonomes n’ont personne vers qui se tourner.

Conséquence : le malaise persiste. [ ]


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JUIN '04
 


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