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LES ARTS PARALLÈLES   (p. 2 de 3)

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Ces artistes, et d’autres (comme Eugene Von Bruenchenheim, Madge Gill et Raphael Lonne), sont des obsessionnels. Quand A. G. Rizzoli, par exemple, a écrit qu’il vivait « dans un labyrinthe sphérique, hermétiquement clos, de lumière et de sons », où il voyait « des images s’étirer dans tous les sens », il décrivait un état involontaire et une énergie qui le poussait à créer sans égard à la reconnaissance. C’est pourquoi le travail de ce type d’artiste est si personnel et inaccessible. Les chasseurs de tendances cool auront beau ratisser la planète à la recherche de nouvelles idées à exploiter, ces artistes resteront toujours marginaux. Rassurant.

C’est un peu la même chose dans le cas du deuxième groupe, celui des « visionnaires vivants ». Mon favori s’appelle Jim Work. Cet homme de 60 ans a une déficience développementale ; il dessine au crayon de cire, sur de grandes feuilles (de 1 à 10 mètres de long) faites de prospectus qu’il récupère et assemble, des systèmes routiers complexes avec ponts et échangeurs qui n’existent que dans son imagination. Purvis Young, autre « visionnaire vivant », a été découvert il y a 25 ans quand il s’est mis à accrocher ses peintures sur des bâtiments abandonnés du ghetto Overtown de Miami. Il travaille encore aujourd’hui sans arrêt, dessinant ses scènes urbaines sur de vieilles portes ou toute surface plane qu’il trouve. La force de son œuvre réside dans son caractère acharné, comme si son inspiration provenait d’une source intérieure inépuisable, échappant à l’influence d’autres artistes, inexploitable. Aucune pub d’iMac, aucune pochette d’un CD de Radiohead ne peut se comparer aux dessins coloriés à la cire, polis avec des bâtons de Popsicle de Jim Work. Il n’y a pas de danger qu’on récupère son œuvre, parce qu’elle n’est réalisée suivant aucun programme. Rassurant (bis).

Évidemment, toujours à la recherche d’authentique originalité, le marché de l’art est aussi enthousiaste que moi… J’ai eu un coup de foudre pour un dessin de Rizzoli, avant de jeter un coup d’œil au prix : 100 000 $US ! Bref, c’est le jeu de l’offre et de la demande ; un jeune artiste de Toronto, Casey McGlynn, m’a d’ailleurs fait remarquer que Purvis Young est un « placement sûr » dans le domaine de l’art brut. Pas très rassurant, tout ça, finalement.

Venons-en au troisième type, les « néomarginaux ». Deux des artistes de ce groupe me plaisent tout particulièrement : Clint Griffin, qui présentait cette année une fantastique série de cartes du monde, gravées au couteau X-Acto dans des pièces de bois trouvées au rebut ; et Casey McGlynn lui-même, qui a exposé partout en Amérique du Nord ses figures gravées ou dessinées, suspendues dans de petites boîtes et accompagnées de phylactères, ainsi que ses huiles de plus grand format. Ce travail fou et hautement personnel est tout à fait dans le style outsider. Mais il soulève une question : est-ce qu’on peut avoir étudié l’art brut en tant que genre, ou très bien le connaître (et même, ciel ! être diplômé d’une école des beaux-arts), et être un véritable marginal ?

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