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DAVID LE CONQUÉRANT   (p. 3 de 3)

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C’est quand il évoque son envie d’en découdre avec la planète et les grands du cinéma que David La Haye se montre le plus volubile. Quand on parle des monstres sacrés du cinéma auxquels il s’est frotté, il n’y trouve aucune raison de s’en glorifier… ni d’ailleurs de feindre l’intimidation. De son tournage avec Depardieu, par exemple, il ressort surtout fasciné. « Je ne suis pas plus impressionné par un "grand acteur" que par un acteur d’ici. C’est une chance que j’ai : je ne suis pas impressionnable du tout (rires) ! Je crois que je fais mieux mon travail ainsi. »

Cette indépendance teinte toutes ses relations de travail. Avec les réalisateurs, il prône la soumission totale à une vision, à condition que celle-ci soit claire et juste. Et il ne déteste pas mettre son grain de sel : « J’apprécie de plus en plus les rapports égalitaires. J’aime qu’un réalisateur m’apporte une vision, mais aussi qu’il écoute la mienne et qu’ensemble on trouve une troisième voie pour construire le personnage. » Selon lui, l’harmonie sur le plateau compte moins que l’honnêteté de la démarche des cinéastes qu’il sert. « Notre métier est de faire jaillir la vérité de chaque scène ; comment y arriver si le réalisateur est faux ? L’harmonie n’est pas tout. Si un réalisateur tyrannique peut tirer de moi des choses intéressantes, seul le résultat compte. »

Même s’il ne vit que pour le cinéma, La Haye n’a jamais songé à s’expatrier à Hollywood. Si un jour cet amoureux de Montréal devait s’établir ailleurs, il préférerait que ce soit à Rome ou à Barcelone… pour les circuits de courses de motos qu’on y trouve. En fait, son avenir personnel le préoccupe bien moins que celui des jeunes réalisateurs qui poussent déjà aux portes. « J’aimerais tellement que les 20-25 ans ne subissent pas ce que ma génération, la "X", a dû endurer des baby-boomers. Je crois beaucoup au talent de la génération montante, très performante, très douée techniquement, et dont je partage l’ambition internationale. Si je peux ouvrir la voie à l’étranger et servir de grand frère, ce serait fantastique. Si je me casse la gueule, j’aurai au moins essayé. » C’est dans cet esprit qu’il vient de fonder une maison de production, Aviva Communications, qui vise à accélérer l’exportation des jeunes talents en cinéma.

Le Canada anglais ne le sait pas encore, mais David La Haye, comédien à la croisée des chemins, résume à lui seul tous les défis du cinéma canadien. L’un comme l’autre pourraient d’ailleurs revendiquer la même devise : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » [ ]


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