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DAVID LE CONQUÉRANT   (p. 2 de 3)

1   |   2   |   3   |   JUIN '04


Vision ambitieuse ou intérêt personnel ? L’argent n’est pas son moteur, m’assure La Haye. « Un film comme Les invasions barbares doit voyager partout dans le monde. Idem pour un acteur. » Alors pourquoi cette démarche demeure-t-elle l’exception chez les acteurs québécois, hormis quelques rares collègues comme Marie-Josée Croze ? « Trop d’artistes se confortent dans leur position de vedette locale. Je trouve cette attitude détestable et grave. C’est un vrai manque d’ambition pour notre cinéma. Ma notoriété internationale est peut-être encore en développement, mais au moins j’en suis conscient, et j’y travaille ! »

On sent une vieille blessure se rouvrir. Manifestement, son vœu le plus cher est qu’on respecte son projet. Mais La Haye ne cache pas qu’il a aussi quelques comptes à régler avec la colonie artistique. « J’ai ressenti une vraie fatigue face au star-system québécois, qui permet qu’un acteur, ayant connu un succès télé en 1991, ne passe plus aucune audition mais décroche tous les premiers rôles du cinéma populaire. Je suis à la veille de dénoncer publiquement cette injustice : c’est du vol, pur et simple. Tous les rôles que j’ai eus dans ce métier, je suis allé les chercher : c’est ma fierté personnelle. »

Même si le regard s’est assombri, aucune amertume ne perce dans le propos. Je souligne au comédien que les solitaires ont parfois tort ; il le sait et ne se formalise pas. « Les producteurs, les distributeurs comprennent très bien ma démarche. Quant aux artistes… certains doivent se sentir clairement visés, mais je ne les nomme pas. Si j’ai pu blesser leur sensibilité avec mes propos, ils ont le compte en banque pour soulager leur douleur ! » ajoute-t-il, goguenard.

Vraiment, le comédien semble en paix avec ses choix, même si à l’étranger il lui a fallu composer avec des rôles anecdotiques ou accepter de jouer dans des productions vouées à l’échec. Une carrière internationale suppose bien des tracasseries administratives, ne serait-ce que parce que les syndicats d’artistes sont très cloisonnés : « Timeline ? Uniquement pour obtenir mes permis ! On n’imagine pas le protectionnisme auquel sont soumis les acteurs… » Et aux compromis s’ajoutent certains renoncements. « Je vais être franc : je ne suis pas toujours heureux de ces petits rôles décrochés ailleurs. Mais c’est l’humilité d’un acteur primé qui accepte de repartir à zéro, ou presque. Et puis, ça dépend toujours du second rôle. Le dandy sadomaso de Head in the Clouds est un personnage secondaire, mais essentiel au récit, et très agréable à jouer. » La Haye avoue volontiers que se faire un nom à l’étranger est une course à obstacles : incessants allers-retours en Europe, travail d’audition, propositions alléchantes du cinéma québécois refusées pour des rôles minuscules ailleurs. « J’avais besoin de cette visibilité. Grâce à ces efforts, mon nom était solvable à Londres et à Paris pour Nouvelle- France. » Comme je doute encore de son inébranlable sérénité, il enfonce le clou : « Soyons clairs : il est plus difficile de décrocher un rôle dans un court-métrage en Californie que de se rendre au sommet du star-system ici. Aucun acteur québécois n’est connu dans les rues de Toronto, encore moins de Londres ou de Paris ! Or je ne suis pas naïf : la popularité d’un comédien est importante partout. J’aimerais juste qu’on réalise que notre microcosme fait partie intégrante d’une industrie internationale. Qu’on le veuille ou non, on est en compétition avec le monde entier. Arrêtons de croire que notre langue nous protège et qu’elle autorise une autarcie culturelle. »

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