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DAVID LE CONQUÉRANT (p. 2 de 3)
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Vision ambitieuse ou intérêt personnel ? Largent nest pas son moteur, massure La Haye. « Un film comme Les invasions barbares doit voyager partout dans le monde. Idem pour un acteur. » Alors pourquoi cette démarche demeure-t-elle lexception chez les acteurs québécois, hormis quelques rares collègues comme Marie-Josée Croze ? « Trop dartistes se confortent dans leur position de vedette locale. Je trouve cette attitude détestable et grave. Cest un vrai manque dambition pour notre cinéma. Ma notoriété internationale est peut-être encore en développement, mais au moins jen suis conscient, et jy travaille ! »
On sent une vieille blessure se rouvrir. Manifestement, son vu le plus cher est quon respecte son projet. Mais La Haye ne cache pas quil a aussi quelques comptes à régler avec la colonie artistique. « Jai ressenti une vraie fatigue face au star-system québécois, qui permet quun acteur, ayant connu un succès télé en 1991, ne passe plus aucune audition mais décroche tous les premiers rôles du cinéma populaire. Je suis à la veille de dénoncer publiquement cette injustice : cest du vol, pur et simple. Tous les rôles que jai eus dans ce métier, je suis allé les chercher : cest ma fierté personnelle. »
Même si le regard sest assombri, aucune amertume ne perce dans le propos. Je souligne au comédien que les solitaires ont parfois tort ; il le sait et ne se formalise pas. « Les producteurs, les distributeurs comprennent très bien ma démarche. Quant aux artistes
certains doivent se sentir clairement visés, mais je ne les nomme pas. Si jai pu blesser leur sensibilité avec mes propos, ils ont le compte en banque pour soulager leur douleur ! » ajoute-t-il, goguenard.
Vraiment, le comédien semble en paix avec ses choix, même si à létranger il lui a fallu composer avec des rôles anecdotiques ou accepter de jouer dans des productions vouées à léchec. Une carrière internationale suppose bien des tracasseries administratives, ne serait-ce que parce que les syndicats dartistes sont très cloisonnés : « Timeline ? Uniquement pour obtenir mes permis ! On nimagine pas le protectionnisme auquel sont soumis les acteurs
» Et aux compromis sajoutent certains renoncements. « Je vais être franc : je ne suis pas toujours heureux de ces petits rôles décrochés ailleurs. Mais cest lhumilité dun acteur primé qui accepte de repartir à zéro, ou presque. Et puis, ça dépend toujours du second rôle. Le dandy sadomaso de Head in the Clouds est un personnage secondaire, mais essentiel au récit, et très agréable à jouer. » La Haye avoue volontiers que se faire un nom à létranger est une course à obstacles : incessants allers-retours en Europe, travail daudition, propositions alléchantes du cinéma québécois refusées pour des rôles minuscules ailleurs. « Javais besoin de cette visibilité. Grâce à ces efforts, mon nom était solvable à Londres et à Paris pour Nouvelle- France. » Comme je doute encore de son inébranlable sérénité, il enfonce le clou : « Soyons clairs : il est plus difficile de décrocher un rôle dans un court-métrage en Californie que de se rendre au sommet du star-system ici. Aucun acteur québécois nest connu dans les rues de Toronto, encore moins de Londres ou de Paris ! Or je ne suis pas naïf : la popularité dun comédien est importante partout. Jaimerais juste quon réalise que notre microcosme fait partie intégrante dune industrie internationale. Quon le veuille ou non, on est en compétition avec le monde entier. Arrêtons de croire que notre langue nous protège et quelle autorise une autarcie culturelle. »
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