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DAVID LE CONQUÉRANT
Visage familier de la télé et du cinéma québécois, le comédien David La Haye monte à lassaut du marché mondial, un échelon à la fois.
Texte : EMMANUELLE GARNAUD
1 | 2 | 3 | JUIN '04
On sattendrait volontiers à ce quil cultive son mystère, son charme de séducteur ambigu, dont les traits évoquent autant linnocence que les eaux troubles.
Mais lhomme attablé à la brasserie Chez Lévêque, une institution montréalaise, se révèle sans détour et savère dangereusement déterminé. (On nen espère pas moins dun passionné de course de motos
) Bien calé sur la banquette, le cheveu en bataille, un sourire de gavroche accroché aux lèvres, David La Haye est là tout entier. Jamais grave, jamais désinvolte non plus.
Le petit prince du cinéma canadien joue gros. Avec Head in the Clouds et le très attendu Nouvelle-France, son année 2004 pourrait savérer décisive. Ses faits darmes sont pourtant déjà fort nombreux : prix Génie, Interprétation masculine dans un premier rôle (pour Lenfant deau), en 1996 ; nombreuses nominations aux prix Gémeaux et Jutra, entre autres pour ses rôles dans Omertà II et Full Blast. Du Violon rouge jusquà Un crabe dans la tête, David La Haye a ardemment défendu le cinéma dici. Au tournant de lan 2000, il décidait pourtant de tenter sa chance à linternational. Depuis, il multiplie les auditions à Londres, à Paris ou à New York. II a tourné avec Depardieu, Tim Roth ou Penélope Cruz. Ses efforts commencent à porter des fruits, mais il est encore trop tôt pour crier victoire.
Le cinéma québécois connaissant actuellement un succès inespéré au box-office, certains cyniques pourraient penser que David La Haye regrette sa décision. Il nen est rien : « Depuis longtemps, je crois à la coproduction, affirme-t-il. Quand jai décidé de viser létranger, je savais que ces projets se multiplieraient et qualors on aurait besoin de comédiens canadiens travaillant déjà ailleurs pour faciliter les montages financiers entre pays. »
Cest ce qui sest produit pour Nouvelle-France, grosse production internationale, dont lhistoire (labandon du Québec par les Français y sert de trame historique aux intrigues amoureuses) se prêtait très bien à un tournage et à une distribution partagés entre lAngleterre, la France et le Canada. La Haye y incarne François Le Gardeur, « un très beau personnage, amoureux, conquérant et intègre. Un trappeur érudit, à la fois proche de la nature et suffisamment éloquent pour défendre la colonie en France ». Un homme de contrastes avec une cause à défendre, comme son interprète. Simple coïncidence ?
Dès que je linterroge sur ce cinéma national quil délaisse, son regard cesse dêtre attiré par la lumière de lavenue Laurier, et sa réponse fuse : « Cest exactement le contraire. Je ne tourne pas le dos au cinéma québécois, je lemmène avec moi dans mes valises ! Je nai plus à prouver mon amour pour nos créateurs. » Ancien porte-parole du festival Regard sur la relève du cinéma québécois, il a effectivement participé à lémergence de la « Nouvelle Vague québécoise », donnant temps et énergie pour que les Villeneuve, Tessier et Turpin puissent tourner. Le succès actuel de ces jeunes réalisateurs ne le surprend pas : « Ça prouve quon a tout le talent nécessaire ici et quil sert également les productions internationales, comme Head in the Clouds. Avec les Américains et les Européens qui tournent ici, on doit sassumer comme un joueur majeur. Le cinéma québécois et canadien peut sinternationaliser à partir de Montréal ou de Toronto. Voyons plus grand ! »
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