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EN VERT ET AVEC TOUS (suite)

Bien sûr, on ne s'attend à rien de moins de la part de la fille aînée du principal environnementaliste canadien et de l'activiste et éducatrice Tara Cullis. Malgré cette filiation, pourtant, le nom de Severn Cullis-Suzuki n'était guère connu jusqu'à tout récemment et son quart d'heure de gloire semblait chose du passé. Pourtant, depuis quelques mois, elle s'impose en véritable coqueluche.

Cette notoriété provient en partie du regain d'attention dont elle a fait l'objet en septembre dernier à l'occasion du 10e anniversaire du Sommet de la Terre, à Johannesburg. "La fille de Rio, 10 ans plus tard": c'est ainsi que la plupart des médias ont relaté l'événement, auquel un épisode de la série télévisée The Nature of Things (animée par son père depuis des années à la CBC) a été consacré. Mais dans leur précipitation à peindre l'image la plus flatteuse possible de Severn, les médias en auraient-ils trop mis? Cette jeune écologiste précoce a-t-elle vraiment de l'influence? Ou, comme aurait pu le demander Gertrude Stein, y a-t-il vraiment quelque chose là-dessous?

"C'est une activiste importante", affirme Elizabeth May, directrice du Sierra Club du Canada (et amie de la famille Suzuki), l'une des deux autres Canadiens à avoir participé à l'élaboration de la Charte de la Terre. La présence de Severn à ces discussions n'était pas qu'un geste symbolique pour reconnaître l'importance de la jeunesse. "J'ai été très impressionnée de la voir défendre les thèses qu'elle avançait et soutenir son point de vue au cours de réunions présidées par Mikhaïl Gorbatchev, et d'entendre d'anciens premiers ministres et présidents répondre: "Vous avez raison, Severn, ce serait une meilleure formulation.""

Le fantôme de Rio plane toujours, cependant. "Il faut tout le temps que j'y pense", remarque Cullis-Suzuki en grignotant son sandwich au poulet dans un café bruyant de Kitsilano. "Par exemple, quand je suis invitée à prendre la parole, je sais que les gens veulent le "discours de Rio", n'est-ce pas? Mais je ne vais pas le refaire, parce que c'était une situation unique. Enfin, on ne peut pas, comme ça, se laisser porter par le même discours pendant 10 ou 11 ans."

Se libérer du joug de Rio est une chose, mais sortir de l'ombre de David Suzuki en est une autre. Sur un point en tout cas, elle fait preuve d'une grande vigilance: aucun de ses projets, qu'il s'agisse de la tournée de sensibilisation en vélo à travers le Canada en 2000 ou de la série de conférences qu'elle a prononcées récemment au Japon, n'a été financé par la Fondation David Suzuki. Peu de gens semblent contester sa crédibilité juste parce qu'elle est "la fille de l'autre". "J'ai toujours pensé que les médias m'accuseraient de me laisser porter par la popularité de mon père. Mais il en a rarement été question", affirme-t-elle.

Quant aux différences entre elle et son père, elles sont subtiles mais significatives. "Jusqu'à présent, je parle en tant que jeune; je suis donc beaucoup plus optimiste que mon père. Je veux travailler avec les gens. Je veux suivre de près les mouvements à partir de la base. À mon avis, c'est là que se trouve le véritable pouvoir."

"Elle a une aptitude étonnante à communiquer de l'information scientifique sur l'environnement, ce qui, bien sûr, est tout à fait de famille, renchérit Elizabeth May. Mais à bien des égards, Severn est meilleure oratrice que David parce que son message est plus porteur d'espoir. Elle voit le pouvoir de l'individu, et elle est capable de faire passer ce message."

Instinctivement, Cullis-Suzuki reconnaît que la culpabilité n'est pas un très bon motivateur et que les prophéties apocalyptiques ont davantage contribué à éloigner des gens du mouvement écologique qu'à les en rapprocher. Comme beaucoup d'autres de ses collègues militantes "généralistes", elle insère les préoccupations environnementales dans un cadre mondial d'ensemble. La pauvreté, les déplacements de populations, le développement et l'environnement sont tous interreliés; ils forment une matrice de problèmes qu'on ne peut pas résoudre individuellement, et certainement pas en vase clos.

Pourtant, en écoutant son discours à Surrey, j'ai trouvé son optimisme presque simpliste. Rebranchez-vous avec la Terre en explorant la nature. Demandez-vous d'où viennent vos aliments. Rien de bien révolutionnaire. Son message serait-il trop réducteur? "Bien sûr, les concepts dont je parle sont plutôt fondamentaux, reconnaît-elle, mais je pense que les idées "simples" sont très puissantes."

Cullis-Suzuki et son père ont en commun une aisance à briller sous les feux de la rampe. On ne peut surestimer l'impact de ce don. "Des gens comme Severn et son père sont utiles en ce qu'ils donnent une première impulsion au type d'engagement et de militantisme qui est absolument essentiel pour faire évoluer les choses", explique Suzanne Hawkes, d'IMPACS, une firme de communications de Vancouver spécialisée dans l'aide aux organismes sans but lucratif.

Pour faire mousser encore plus la cause, Severn et son conjoint Jeff Topham ont lancé le projet Skyfish, un forum pour la jeunesse qui touche une foule de sujets, du développement durable en milieu urbain à l'efficacité des petits changements. On trouve sur leur site Web La Reconnaissance de la responsabilité, un manifeste personnel mis au point par Severn avec d'autres étudiants de Yale pour servir de guide à la réduction de notre empreinte personnelle sur l'environnement. Une déclaration simple mais efficace.

Même si Cullis-Suzuki représente le modèle de la jeune militante écologiste, elle est aussi une jeune femme qui veut vivre sa vie. Elle a voyagé au Népal avec sa mère pendant une bonne partie du printemps; cet été, elle est guide de rafting dans le nord de la Colombie-Britanique. Pour ce qui est de l'avenir, elle rêve de partager son temps entre le milieu urbain et les territoires sauvages. Il ne s'agit pas de choisir l'un ou l'autre; c'est plutôt une question d'équilibre. Elle admet n'avoir pas fini de démêler cet écheveau.

Du haut de son morceau de bois, l'avenir doit lui paraître aussi lumineux que cette journée nuageuse peut sembler lugubre. Le vent se lève quelque peu. Severn Cullis-Suzuki saute de la bûche massive. Mais en contournant l'extrémité ouverte de la pièce de bois, elle remarque quelque chose à l'intérieur.

Une douzaine de coquilles de palourdes ont été placées soigneusement à l'intérieur de la grume au coeur ouvert par la décomposition. Peintes à la main et comprenant un extraordinaire éventail de couleurs, elles pourraient servir de métaphore: le monde naturel, transformé puis envahi à nouveau.

Cullis-Suzuki voit les choses différemment. Elle s'émerveille: "Il a fallu que quelqu'un se donne beaucoup de mal pour faire ça." Le tas de coquilles fait office d'offrande; un objet naturel a été embelli par la main humaine.

C'est une leçon, un présage, une indication. Quand on est jeune et pas du tout blasé, ces coquillages peints peuvent devenir tout ce qu'on souhaite qu'ils soient.

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